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Historique
Chapitre 16 Karan
Nombre de mots : 1721    |    Mis à jour : 03/07/2021

D'aussi loin qu'il se souvienne, il n'avait connu que cet endroit sombre et sordide où les abandonnés impuissants étaient torturés, exploités ou tués. Pourquoi avait-il été amené là, et qui était si cruel et mesquin pour l'avoir fait, lui était aussi étranger que la lumière que Kei désirait ardemment voir. Depuis le moment où Miron avait ouvert les yeux jusqu'à cet instant précis, il n'avait reçu que de la souffrance de la part de ces adultes et mages noirs, qui pullulaient Athok et qui ne faisait rien de leur temps qu’à . La seule consolation qu'il avait connue, était la présence d'autres enfants comme lui, surtout l'amitié qu'il avait réussi à créer avec eux bien que ce fut d’une rareté et d’une fragilité navrante. Parce que pour être honnête, pour survivre et aussi simplement à cause de l'obscurité, certains "prisonniers" étaient prêts à faire n'importe quoi, trahir leurs propres semblables, même des amis et des frères et sœurs renonçant à toute conscience et s'abaissant aux actes les plus vils, afin de sortir de la boue puante dans laquelle ils avaient été plongés au moment même où ils avaient atterri ici.

Et puis, il y a eu un temps où il y avait lui - Karan. C'était un jeune garçon aux longs cheveux blonds presque blancs, plus blonds même que Kei, semblait-il, se souvenait-il avec tristesse et nostalgie, ce qui était presque inimaginable. Miron avait juste dix ans quand il l'a rencontré, et Karan avait treize ans, comme lui maintenant. Miron ne savait pas de qui il avait hérité d'une personnalité aussi féroce, inflexible et brillante, mais les autres lui en voulaient pour cela, et le lui faisaient comprendre chaque jour. Mais ses pouvoirs à l'époque étaient si faibles, qu'ils n'ont pas pu le protéger de ces vils assauts et qui ont failli réussir par le tuer, si ce garçon sensible mais courageux n'était pas venu le sauver. Il l'a sauvé et l'a soigné du mieux qu'il a pu. Sa merveilleuse magie était capable de guérir toute blessure, aussi grave soit-elle, et il l'utilisait sur Miron chaque fois que ce dernier en avait besoin. Depuis lors, ils ne se sont plus jamais. Ils se racontaient des histoires fabuleuses qu'ils se promettaient de découvrir ou de réaliser un jour, ensemble, ils jouaient ensemble durant le peu de temps que les mages leur accordaient entre les corvées, et Karan lui jouait même de la musique avec les instruments cassés que le concierge lui offert en récompense de sale besogne innommable.

Pour la première fois de sa courte vie, Miron ressentit ce qu'était l'amour. Il ne pouvait que l'aimer de toute façon. C'était inévitable. Et il aurait souhaité qu'ils puissent rester ensemble pour toujours. Il pensait que si c'était possible, il serait capable de supporter le reste.

Mais à ce moment-là, il était trop faible pour protéger son rêve.

"C'est étrange Karan, mais j'ai le vague sentiment que tu me rappelles quelqu'un de particulier." Lui avoua Miron, un soir où ils se trouvaient tous les deux dans un couloir vide, assis l'un en face de l'autre sur le sol dur et sale, et que son ami était éclairé par un candélabre posé au-dessus un peu à sa gauche.

"Vraiment ? Qui était-ce ?"

"Je ne sais pas justement. Mais j'ai le sentiment que c'est vrai."

Et il ferma les yeux un instant, essayant de retrouver cette vision brève, floue mais presque réelle, d'un jeune garçon aux longs cheveux encore plus blanc, sans doute beau et qu'il avait aimé, plus encore que Karan.

Puis il secoua la tête, dissipant le mirage.

"C'est probablement un autre tour de mon imagination, devenir une épave à force d'être resté ici, et de subir toutes ces atrocités".

"Tu en es sûr ?" Son précieux ami insista tout de même.

"Oui. Mais dis-moi," continua Miron, ignorant tout, "tu as pu rester avec moi plus longtemps que d'habitude aujourd'hui."

"N’est-ce-pas ? Je dois faire un travail plus tard, alors j'ai droit à un peu plus de temps. J'ai donc décidé de te jouer une chanson."

"Tu le feras ? Eh bien, c'est génial."

Ils se sourirent et puis accompagné de cet autre instrument, qui pour une fois, à la surprise de Miron, était en bon état, Karan chanta cette chanson qu'il voulait tant lui faire entendre.

C'était beau et poignant.

" Cette chanson te ressemble tellement, Karan ", chuchota le jeune mage en s'adossant au mur recouvert de sortilèges. "Mais dis-moi, quelle est ce travail infect qu'ils exigeront de toi plus tard."

"Infect ! Pas forcément" protesta le garçon blond avec une expression faussement indignée.

Mais son jeune ami le répondit par de l’inquiétude, ce qui le bouleversa. Il ferma un instant les yeux puis haussa les épaules, essayant d’alléger l’humeur de son protégé ainsi que de repousser le plus loin possible ce qui l’attendait.

"Peu importe", fut la seule réponse de son ami, avec un sourire qui, pourtant, lui fit mal au cœur.

"Je vois. Eh bien, j'espère que tu le feras bien pour me revenir. Et puis tu m'apprendras à jouer d'un instrument, le seul qui ne soit pas abîmé", demanda-t-il en désignant celui qu'il tenait, "ainsi un jour ce sera moi qui jouerai pour toi. Et quand nous sortirons d'ici, nous gagnerons notre vie et notre place dans la chanson. "

"Je ne crois pas", protesta Karan.

Miron fronça les sourcils, désolé.

"Pourquoi ça ?"

"Parce que ce n'est pas ton style."

"Mon style ? Qu'est-ce que tu crois que mon style est, alors ?"

Karan resta silencieux un moment, regardant Miron d'un air étrange et tendre.

"Je ne sais pas. Peut-être... princier ou même plus."

Miron se mit à rire.

"Alors si je suis vraiment un prince. Un jour, je t'emmènerai dans mon palais. Et nous y vivrons heureux et libre jusqu'à la fin des temps."

"Sans aucun doute. Tu me le promets ?"

"Oui, je te le promets."

Et lorsqu'une cloche sonna au loin, et que Karan se leva pour laisser Miron aller faire ce travail qu'il détestait déjà tant, sans même le savoir, son ami hésita un instant, puis lui tendit l'instrument et lui caressa les cheveux.

"Fais de beaux rêves Miron."

"Oui Karan... toi aussi."

Miron lui fit promettre de revenir et de le réveiller afin qu'il soit la première personne qu'il voit au matin lorsque ses yeux se rouvriront, tout en sachant au fond que ces instants étaient leurs derniers.

Il ne devait jamais revenir. Aucune promesse ne le pouvait.

Et quand ces autres, ses camarades odieux l'ont emmené voir son corps mutilé que Sirkol avait spécialement épargné pour lui, pour en rire, Miron senti que quelque chose avait changé. Une douleur qu'il n'avait jamais ressentie et qui pourtant résonnait dans un passé lointain, se répercutant dans chaque coin de son être et le submergea.

Il ne connaîtra que plus tard l'existence de ce jeu sanglant que le directeur avait instauré avec beaucoup d’attention pour son propre divertissement, et auquel il semblait particulièrement, presque anormalement tenir.

Dès lors, les autres comprirent assez vite qu'ils ne parviendraient jamais à prendre l'instrument à Miron, la folie et la sauvagerie épouvantable qu’il déploya pour le protéger et le garder eurent tôt fait de les décourager.

Et ce n'est que des mois plus tard, en essayant toujours de jouer avec, de faire revenir cette dernière chanson qui ne subsistait plus que dans sa mémoire, qu'il découvrit les mots gravés à l'intérieur et que son ami avait sans doute marqués cette dernière nuit.

"Miron, je t'aime."

***

Miron secoua la tête, acceptant enfin de se souvenir de cette période si éloigné et pourtant si douloureuse de sa jeune vie, encagée et misérable, qu'il avait décidé d'oublier pour continuer à vivre et à se battre.

"Karan, pardonne-moi d'avoir oublié. Je ne le ferai plus jamais. J'aurais aimé que nous nous enfuyions ensemble, mais cela ne sera plus jamais possible. Alors je vais le faire pour toi. S'il te plaît, repose en paix."

Puis il se tourna un instant vers Kei, son fidèle, agaçant et merveilleux Kei, qui l'avait aidé à traverser cette inaltérable absence.

"Dis-moi, c'est toi Miron ! Moi, c’est Kei. Puis-je être avec toi ?"

Puis, porté par l'inexorabilité de ses souvenirs et de ses sentiments les plus profonds, il alla encore plus loin dans son passé, là où il n'y avait pas Athok et où existait cette personne plus blond que quiconque et qui lui importait au-delà de tout.

Miron se trouvait au sommet d'un édifice désert, allongé sur un sol froid contemplant un ciel criblé d'étoiles avant de se tourner vers lui.

Ce dernier aussi le contempla et lui sourit.

"En fait tu ne m'as jamais révélé ton nom."

"C’est vrai," reconnut Miron, "c'est...."

Mais Miron n'arrivait pas à entendre le nom qu'il avait donné à son ami.

"Wouah, c'est nom magnifique, mais ...un peu trop long peut-être, j'aurai du mal à t'appeler ainsi, bien que j'essaierai."

"Si mon nom te dérange, alors donne-moi un que tu sauras utiliser comme tu le souhaiteras."

"Tu le désires?"

"Oui."

"Alors, ce sera...Miron...je ne sais pas ce que signifie, et même s'il possède une signification, c'est juste que j'ai pris les plus belle lettre de ton vrai nom et les ai réuni pour créé le deuxième. Un nom simple qui demeura notre secret."

"Oui."

"Et des pouvoirs, tu en as?"

"Je ne sais pas trop. Je suppose que oui, car des gens qui m'ont gardé longtemps, avec froideur mais gentillesse, m'ont promis le pouvoir lorsque j'aurai mes treize ans. Un grand pouvoir capable de me conduire à réaliser ma grande destinée."

"Alors j'espère que tu les a à présent que tu as atteint cet âge."

Miron se tut et regarda son ami longtemps.

"Si je les possède, m'aimeras-tu?"

Son ami blond se tut aussi un moment puis rit brièvement.

"Je suppose que oui."

"Tu promets?"

"Oui, je te promets."

Miron rit de joie et se releva sur un coude.

"Alors, même si je ne les possède comme ces personne l'ont promis, je ferai en sorte de les obtenir, alors tu m'aimeras..."

Et sans détaché son regard du visage de son ami, il invoqua sa magie et une lumière resplendissante jaillit de son corps et recouvrit tout.

Miron jeta alors son sceptre et se leva.

Son visage était neutre et glacé, et plus aucune peur ou doute ne le déformait.

—— Chapitre bloqué ——
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