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Historique
Chapitre 8 Désir lointain
Nombre de mots : 1591    |    Mis à jour : 01/07/2021

Ils poussèrent en même temps un long soupir de soulagement.

Ce fut à ce moment que Kei bondit de son siège et se précipita vers son ami.

"Mais qu'est-ce que..."

"Miron ! Comment te sens-tu ?"

"Oh moi, je suis..."

Mais sans attendre que le garçon aux cheveux noirs termine sa phrase, le copain blond l'attrapa violemment dans ses bras et commença à serrer son ventre aussi fort qu'il le pouvait.

"Laisse sortir Miron, allez, maintenant, tu dois tout régurgiter ! Je ne sais pas d'où venait ce liquide, mais ce n'était certainement pas de l'alcool et encore moins quelque chose de buvable ! Je vais te faire vomir cette chose dégoûtante, sois-en-sûr !"

Après quelques secondes de sévices inattendus et intenses de la part de son seul ami, Miron put enfin se libérer de ses bras bienveillants mais brutaux.

"Ça y est, je m’en suis débarrassé de Kei. Grâce à toi. Je te remercie du fond du cœur."

"Tu es vraiment sûr ?"

"Oui, merci !"

"Mais je ne t'ai pas vu cracher la moindre chose."

Avant de répondre, Miron recula pour mettre une distance de sécurité entre eux.

"J'ai recraché pendant que tu me perçais le ventre avec tes mains viriles, alors tout va bien ! Tu n'as plus à t'inquiéter !"

"Tu es sûr de toi ?"

"Oui. Oui, je le suis."

Très soulagé, le jeune ami blond sourit à nouveau et se rassit avec sérénité. Miron, de son côté, attendit prudemment avant de reprendre sa place, tout en secouant la tête avec colère.

" Maintenant, que ce danger pour ta santé est écarté, nous pouvons reprendre le fil de notre conversation interrompue par ces idiots infernaux. "

Kei prit une profonde inspiration et se lança.

" Miron, ils ont raison, tu es vraiment une grande gueule ".

L'intéressé esquissa un sourire amusé.

" Si tu crois que je ne le sais pas. "

"Et si fier, en plus. Mais rassure-moi. Puisque je suis ton fidèle compagnon, comme ils se sont tous ingéniés à le faire remarquer, je mérite d'être rassuré. Ces mots n'étaient pas seulement le dernier acte d'un héros tragique, n'est-ce pas ?"

"Je ne sais pas. Mais puisque je t'ai fait une promesse solennelle, je me battrai jusqu'au bout, en déployant tout le talent et les moyens dont j’ai à ma disposition et qu’ils attendent d’ailleurs tant de moi, dans ce combat mortel."

L'angoisse s'empara à nouveau de Kei, qui se prit la tête entre les mains et avala difficilement sa salive.

"Non ! Je suis trop jeune pour mourir. Je ne dis pas que les victimes qui sont tombées avant nous le méritaient, mais... Ce que j'essaie de dire, c'est que..."

"Oui, Kei, tout le monde comprendrait ce que tu essaies de dire. Mais le problème est que tu te répètes trop souvent et ça ne m'aide pas vraiment à me concentrer."

"Je m'en fiche d'être stupide. Tu te rends compte évidemment, car même prisonnier abîmé que je suis, je connais moi aussi le désir que tout autre ressente, toi exception faite, même celui que briser et tuer tous ces mages ignobles qui nous enferment et nous asservissent ainsi. Je veux tout, tout savoir, tout éprouver, imaginant déjà fugitivement ce plaisir encore lointain, mais inexorable et sans égal que l'on découvre les bras d'une femme.

Ne me regarde pas comme ça, Miron ! Je t'en prie, ne me regarde pas comme ça, j’ai dit ! À notre âge, je ne peux plus me permettre d'être aussi naïf. Je suis arrivé à saisir la notion de normalité. Pour ma part, je préférerai sûrement les femmes plus âgées. Mais avant de pouvoir faire tout ça, les toucher, je dois rester en vie et en bonne santé, et surtout me trouver loin d'ici. Alors dépêche-toi de trouver une solution. Sinon, cette vie si belle et si disparate nous échappera aussi.

Miron plissa les yeux et murmura comme pour lui-même.

"Cris, femme, désir." certains mots parvenaient encore à s’introduire dans l'esprit préoccupé du jeune mage brun, alors qu'il ne se souciait plus du délire devenu pourtant alarmant de son ami. Et ce qu'il n'avait pas révélé à ce dernier, c'est que leur ami Léon, dans un moment de lucidité, l'avait informé qu'il existait bien quelqu'un qui pouvait apporter une aide, bien que mince et presque insignifiante, aux enfants pour divers problèmes, mais qu'il fallait d'abord être capable de payer le prix. Un prix élevé et pour la plupart d'entre eux, trouvait impossible à payer.

Miron voyait clairement le genre de prix que ce voyou exigerait de ses semblables si ceux-ci ne possédaient aucun objet de valeur, et un terrible dégoût lui déchirait l'estomac. Son ami ne fit rien pour l'aider quand il le vit continuer à manger la nourriture, qui était encore délicieuse, mais devenue totalement dégradante.

"Comme c'est bon." Ajouta-t-il encore du reste, se léchant les doigts avant d'attraper un morceau de viande juteux qu'il déchira de ses dents avec une satisfaction évidente,

Le jeune mage soupira en passant une main lasse dans sa chevelure nocturne, considérant distraitement avec un sourire agacé puis indulgent son simple ami, toujours capable de trouver un bon côté même à leur situation désespérante et ce avec cette innocence qui l’avait touché dès le début, lorsqu'il s'arrêta soudainement, puis se retourna pour considérer les différents plats étalés devant lui.

Il inclina la tête sur le côté, une grimace ironique, presque haineuse, se dessinant sur son visage osseux fascinant.

"Bien sûr, quel idiot, le prix qui me manquait est juste devant moi".

Après un dernier soupir, il se redressa.

"Qu'est-ce qu'il y a ?" Kei s’enquit instantanément, surpris par les gestes de son compagnon de quitter la table. "Tu as découvert quelque chose qui pourrait nous aider à sauver nos vies si pitoyables".

"C'est peut-être le cas. Mais je ne pourrais pas dire que c'est une solution radicale. D'ailleurs, je ne sais même pas si ça va marcher."

"De toute façon, nous sommes à notre point de rupture. Alors quoi que tu aies trouvé, ça vaut le coup d'essayer. Et de toute façon, puisque c'est toi, je suis sûr que ça marchera d'une manière ou d'une autre."

Cette fois, Miron rit d’une manière presque tendre.

"Ta confiance indéfectible en moi me touche. J'espère seulement que j'en suis digne."

Puis il prit une assiette à dessert sur laquelle se trouvait un savoureux gâteau aux fruits. Il libéra une autre assiette, la nettoya avec sa serviette et en recouvrit le gâteau.

"Retourne au dortoir Kei et assure-toi d'y rester jusqu'à ce que j’arrive ou qu'ils viennent te chercher. Il nous reste encore un peu de temps avant le début du… spectacle".

Kei regarda le dessert que Miron avait caché sous ses vêtements.

"Et toi, où vas-tu ? Qu’est-ce que tu vas faire ?"

Miron sourit de façon énigmatique.

"Je vais acheter notre arme. Et arrête de manger, la nourriture doit être horrible maintenant."

Puis il lui lança un sourire de connivence.

"Je m'arrangerai pour que ces femmes si belles et ignorantes puissent avoir la chance de te rencontrer et crier entre tes bras."

Puis il quitta la pièce à son tour pour une destination inconnue de son ami, qui le suivit des yeux d'un air rêveur.

Miron traversa de nombreux couloirs sombres et descendit des escaliers aussi monumentaux que poussiéreux.

Lorsqu’il quitta le bâtiment principal, il dut traverser un immense parc intérieur entouré de quatre hauts murs, lourdement chargés de maléfices, et dont le sol était recouvert d'une herbe sombre et criarde qui lui griffait douloureusement la peau. Au milieu de ce lieu sinistre, un immense bassin d'eau noire avait été construit. Il n'était pas nécessaire de s'approcher pour deviner une eau d'une profondeur insondable, remplie de monstres froids et de sortilèges obscurs, et que toute personne assez faible et stupide pour la toucher devait perdre toute magie. Lorsque Miron passa près du bassin, l'eau bougea, d'abord subrepticement, puis s'agita terriblement et déborda. Des cris d’effrois émanèrent de ce royaume sinistre insoupçonné et résonnèrent sombrement, révélant ainsi leur désir évident d'attirer le jeune garçon vers eux pour l'entraîner à jamais dans leurs limbes. Des êtres sans forme remontèrent à la surface et semblèrent fixer le jeune mage avec une luxure avilissante. Frissonnant violemment de dégoût et de terreur devant tant d'abominations, Miron courut vers les bâtiments subordonnés où il espérait trouver l'objet qui pourrait les aider, lui et son ami, à sortir de ce funeste désastre.

Il n'avait jamais visité cette partie du domaine, aucun des enfants n'y était habituellement autorisé. Leur quotidien était un strict confinement, pour ne pas dire un emprisonnement, physique et moral. Tout était limité de manière innommable. Leur quotidien se résumait à des corvées, uniquement des corvées briseuses d'os et d'esprit, et quelques cours ici et là, soit avec des manipulateurs qui voulaient soulager leur ennui, soit avec de purs sadiques qui voulaient s'amuser à leur faire faire des exercices douloureux.

Mais pour les enfants sacrifiés comme lui à son tour, pensa-t-il avec dérision, il obtenait un reste de liberté et le droit de circuler presque n’importe où, tant qu'il ne sortait pas des frontières. D'ailleurs, cela aurait été impossible vu les barrières de protection, les sorts de défense, sans parler des monstres hideux et barbares qui gardaient les limites du petit royaume du mal.

Miron entra et descendit au dernier niveau du sous-sol. Une fois encore, il traversa d'innombrables couloirs, tous plus macabres et sombres les uns que les autres, pour finalement atteindre la porte du concierge. Prenant une profonde inspiration, il leva la main et frappa deux fois.

—— Chapitre bloqué ——
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