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Historique
Chapitre 12 Incertitude
Nombre de mots : 1512    |    Mis à jour : 01/07/2021

Quelques minutes plus tard, Kei et Miron se retrouvèrent ensemble dans le grand dortoir. Et toujours seuls. À chaque nouveau jeu, la grande salle était réservée aux futurs participants, pour ne pas dire aux victimes. On leur avait procurés à chacun un uniforme de guerrier noir, rayé de fils d'argent, réservé aux "élus", et qui portait l'emblème d'Athok, une énorme bête étrange aux yeux globuleux et aux corps recouverts de pierre noire, et qu’on disait être le monstre affectionné du fondateur de la cité.

Les deux garçons étaient allongés sur leur lit, plongés dans une obscurité totale. Seuls les laquais comme Kolof et son groupe pouvaient voir et se déplacer à travers l'obscurité, grâce au pouvoir obscur qu'ils obtenaient des gardiens comme autre avantage en échange de leur sale boulot. Kei rompit le silence et demanda faiblement.

"Miron, comment te sens-tu ?"

"Je me sens plutôt bien, et toi ?"

"Je ne ressens rien. Et en parlant de sentiment, je me demande ce qui s'est passé tout à l'heure, ce terrible tremblement de terre. Tu l'as ressenti aussi, n'est-ce pas ? Cette énorme puissance, si terrifiante. C’était tout bonnement choquant. Qu'est-ce que tu crois que c'était ?"

Miron hésita une seconde avant de hausser les épaules. Il décida de ne rien dire à Kei pour le moment afin de ne pas lui donner de faux espoir. Car sa magie n'était pas encore revenue, même s'il essayait désespérément de l'invoquer en silence depuis quelques minutes. Il finit par grommeler et maudire son pouvoir, qu'il avait plutôt finalement réussi à réveiller, lui apportant un tel sentiment de confiance, de puissance, d'anticipation et de vengeance, mais qui semblait pourtant être retourné dans ses profondeurs mystérieuses et insaisissables.

"Peut-être juste un tremblement de terre."

"C'est vrai ?"

"Ou peut-être que c'était Kriniela, qui était encore en train de tester ses soi-disant nouvelles expériences", ajouta le jeune magicien, empruntant la théorie de Johes, qui l'avait tant amusé. Il n’y avait pas pire que le déni.

Sentant des auras puissantes s'approcher, Miron tendit la main à son ami et se leva sur son lit.

"Les voilà. Tu es prêt à partir ?"

"Je ne suis pas encore prêt. Je ne pense même pouvoir jamais l'être un jour."

Kei pinça furieusement les lèvres en se redressant.

"Miron, j'ai peur."

"Ne t'inquiète pas ! Je suis avec toi."

***

Kolof et ses sbires accompagnaient un autre gardien, un certain Dodgel, un être squelettique au visage buriné et aux cheveux indigo, dont le corps était habillé d'un épais uniforme du même ton. Sa bouche noire arborait un sourire tordu. Ses créatures s'avéraient être aussi squelettiques et difformes que lui. C'étaient des monstres liquides de couleur pourpre, trop bruyants et malodorants.

"Réveillez-vous, mes petits chéris, il est temps de partir."

Dodgel s'approcha de Kei et mit les chaînes magiques autour de son corps. Puis il prit le grand corps sain du jeune garçon dans ses mains maigres aux ongles pointus, le caressa sournoisement et le pressa contre son corps décharné avec défi et brutalité.

"Oh, comme il fait chaud ! Quel confort ! Un corps si beau et lumineux. Si j'avais eu le choix, je t'aurais gardé pour moi tout seul mon beau. Quel gâchis !"

Il soupira bruyamment.

"Enfin bref !"

Puis, libérant Kei avec une réticence visible, il se tourna vers Miron et lui tendit les chaînes. Mais cette fois, il ne daigna même pas toucher le corps mince du jeune mage. Puis il le fixa pendant un long moment, intensément, visiblement incapable de trouver les mots pour lui parler, ce qui était impressionnant et dégradant. Mais il se força à ouvrir la bouche et finit par le faire.

"Il fut un temps où j'étais sûr de pouvoir aimer ton corps, cher jeune prodige. Mais maintenant, je ne peux plus. Je ne sais pas ce qui a changé. Et je ne le saurai probablement jamais. "Mais..." et il fit une pause, semblant avoir une nouvelle fois du mal à trouver le mot ou à finir sa phrase, ou peut-être les deux, "...ça semble terrible."

Miron lui rendit son regard avec assurance et sourit de façon énigmatique.

"Je suis désolé que tu puisses autant en souffrir. Mais tu as raison," confirma-t-il, sans trahir la moindre émotion. "Une chose terrible a tout changé. Une chose qu'aucun de vous ne comprendra jamais."

Kolof et compagnie attrapèrent les deux garçons et fourrèrent leurs têtes dans d'énormes sacs noirs étouffants. Escortés par Dodgel et ses violents batteurs de meute, ils quittèrent le dortoir avec fracas. Miron et Kei étaient, bien entendu, le centre d'attention des autres garçons orphelins, ainsi que de quelques autres gardes au sourire cruel qui avaient daigné assister à la scène. La vue de ces autres enfants, orphelins de races et d'âges différents, et condamnés comme eux, était tout simplement effroyable. Ils observaient tous les deux élus, marchant, enchaînés, et conduits sans manières et avec méchanceté vers une mort certaine et abominable, reflétant dans leurs yeux un sentiment terrible qui n'aurait jamais dû exister, et qui donna naissance à Miron le goût absolu pour la malédiction.

Ils étaient de plus en plus brutalement conduits vers l'extérieur, vers un vaste labyrinthe mortel. Ne voulant manquer le spectacle pour rien au monde, Kolof les suivit jusqu'à la cour d'entrée. Et quand ils s'y arrêtèrent tous, il ne put s'empêcher de murmurer à l'oreille de Miron.

"J'ai failli mourir d'impatience en attendant ce moment. Mais ma merveilleuse endurance va enfin être récompensée. Ta souffrance et ta mort vont me divertir pendant des mois et des mois, voire des années."

"Tu n’as pas besoin de me dire tout cela, Kolof, car j'ai toujours été plus ou moins conscient de ta vulgarité et de ta banalité. Du moins quand j'avais du temps à perdre. Mais si tu continues à croire que ta valeur est plus élevée qu'elle ne l'est réellement, c’est-à-dire rien, tu paieras plus que tu ne peux le supporter. Car ton âme ainsi que ton existence entière n'ont aucune importance pour Sirkol et les autres. Tu vois ? D'une certaine manière, tu es plus mort que moi".

Dévoré par une rage terrible et désespérée comme chaque fois qu’il était mis en présence de Miron et qu’il constatait et reconnaissant encore et encore la grandeur, l’incompatibilité du jeune mage, Kolof lui faillit donner un violent coup à son fier ennemi, mais ils étaient arrivés juste devant l'entrée du labyrinthe, et Dodgel, le garde maigre aux corps indigo, attrapa rapidement la main sournoise du laquais, le souleva avec aisance et l'envoya valser avec violence.

Le sadique magicien squelettique arracha les sacs de Miron et Kei. Les deux jeunes élus clignèrent des yeux et furent accueillis par un haut mur qui, bien sûr, était également gravé de puissants symboles magiques et de peintures de monstres, tous aussi impressionnants et terrifiants les uns que les autres. Le portail, grand ouvert, était flanqué de deux énormes piliers sur lesquels se tenaient des statues de monstres mythiques et maléfiques. Kei les vit et devint aussi pâle que la lune mère régnante de cette nuit. Dodgel, remarquant l’expression du jeune mage blond, émit alors une sorte de grognement amusé.

" Ne t'inquiète pas, mon beau blondinet, ce ne seront pas les créatures que tu rencontreras dans le labyrinthe, sinon le jeu se terminera trop vite. Ce ne serait même pas un jeu."

Mais avant de les jeter directement à travers le portail, on les amena devant un haut plateau carré gravé de magie qui s'illumina dès que les deux jeunes garçons se dressèrent au milieu. Puis une sorte de magie les enveloppa et orna de part en part leurs uniformes de combat de sortilèges protecteurs et revitalisants. Ils reçurent également chacun une arme, des sortes de sceptres qui devaient être capables de produire des tirs magiques.

Miron regarda son ami, puis lui-même, et fit à nouveau ce geste personnel de la tête qui signifiait l'ironie amère et la colère.

"Bon sang, je me suis fait avoir. Et dire que je me suis forcé à traverser ces lieux d'horreur et de désolation, pour marchander avec cet homme inférieur, alors que l'on allait nous fournir ce dont nous avions besoin."

Mais à bien y penser, pensa-t-il pour se consoler, ce sifflet que ce concierge fourbe lui a procuré, connaissant la situation, pourrait leur être utile.

"Vous n'aviez tout de même pas eu l’audace de croire que nous allions vous jeter dans la fosse aux monstres sans vous offrir les armes nécessaires pour vous défendre !" s'exclama le mage violet, avec un air faussement scandalisé.

Et il porta ses deux mains à sa poitrine, faussement blessé.

"Non ! Nous ne ferions jamais cela. Nous aimons trop les enfants pour ça. Vous le savez mieux que quiconque."

Et éclatant de rire, il les poussa brutalement dans le labyrinthe avant de refermer l'immense porte de fer derrière eux. Disparaissant dans les voiles noirs de la nuit, il cria une dernière fois.

"Ameusez-vous bien chers petits et reposez en paix !"

Kolof, relevé et soutenu par ses sbires, avança maladroitement vers le portail fermé.

"Crève enfin, Miron !"

—— Chapitre bloqué ——
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