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Historique
Chapitre 15 Dernière compassion
Nombre de mots : 1193    |    Mis à jour : 01/07/2021

C’est à ce moment-là que le petit concierge décida de faire son entrée. Il sortit de l'obscurité avec son allure légèrement voûtée, les rides de son visage déplaisant s'accentuant sous la pâle clarté lunaire, et ses cheveux hirsutes qui avaient longtemps été épargnés par la brosse, voltigeait dans la brise glaciale. Ayant tout de même pris la peine de se changer pour l'événement, il portait un costume bleu marine froissé, que le temps avait si éliminé qu’il semblait presque clair. En dessous, il portait une vieille chemise blanche et un nœud rouge pour compléter sa tenue de cérémonie, qui était aussi médiocre que son état. Ses chaussures noires écaillées étaient une preuve évidente de sa condition. Esclave à vie, et parfaitement conscient de sa place dans la pyramide hiérarchique d'Athok. Miron avait raison, comme tous ces autres qui se moquaient de lui et le prenaient en pitié, même les plus accablés. Il avait néanmoins obtenu le droit de multiplier sa taille par trois au moins afin d'accéder à la gigantesque terrasse des spectateurs. Ainsi, bien qu'il soit devenu énorme, il n'atteignait même pas la ceinture des invités.

"Il a trouvé cette petite chose dans ma chambre. Elle était cassée, inutile, parmi d'innombrables débris dans le même état. Mais Miron a réussi à réparer et à améliorer le sifflet. Quel garçon compliqué il est." Le concierge eut un petit rire narquois. "Il a tout de suite compris ce qu'il devait apporter avec lui pour survivre. Un peu plus longtemps que les autres, je veux dire."

Sirkol était visiblement de plus en plus ennuyé par ce discours à la fois moqueur et admiratif pour un enfant condamné.

"Puis tu es venu jusqu'ici, après avoir visiblement lutté pour être le plus présentable possible, afin de pouvoir le regarder en utilisant habilement le sifflet qu'il a eu l’esprit de venir chercher chez toi."

Le concierge gardait un sourire ironique. Mais il était conscient de son comportement et des conséquences inévitables qu’ils endureraient à cause cela. Mais il décida quand même de continuer jusqu’au bout.

"Oui. Il fallait que je voie. Et je l'ai fait. J'en suis très fier."

Sirkol tendit la main et lança un puissant coup de magie sur le concierge qui le projeta dans en l’air une grande explosion. Il n'y avait aucune chance qu'il survive à cette violente attaque. Mais si Miron avait été là, il aurait compris la raison de cette rébellion, la première et incontestablement la dernière. Le concierge voulait aussi donner un sens à sa vie que plus personne ne donnait de valeur, même pour une seule minute, même pas lui. Les invités, qui ne comprenaient rien, éclatèrent de rire...mais Sirkol lui, avait saisi la situation et grimaça de colère et d’insatisfaction.

"Idiot", conclut Sirkol pourtant avec un étrange et troublant sentiment de défaite.

Pendant leur course, Miron et Kei rencontrèrent à nouveau un autre monstre, une énorme bête à six pattes d'un jaune pâle cauchemardesque, dont la moitié du corps était recouverte d'une épaisse carapace et l'autre moitié de grandes pointes acérées. Ses oreilles étaient aussi larges que fines.

"Oh non ! C'est quoi encore cette bête, Miron ? Je n'aurais jamais imaginé qu'une telle créature puisse exister. Elle est trop monumentale ! Nous n'aurions aucune chance contre elle, c'est sûr. Contournons-la, prudemment."

Mais Miron avait un autre projet en tête qu'il devinait ne pas être du tout au goût de son ami.

"C'est exactement le genre de créature que je cherchais."

"Quoi !"

"Nous devons nous approcher de lui, Kei."

Le Kei ouvrit de grands yeux à les faire sortir de leur orbite et cria, indigné.

"Tu as perdu la tête ou quoi ? Tu n'as pas entendu ce que je viens de dire ? Si nous combattons cette énorme chose, nous finirons tellement aplatis qu'il ne restera plus un seul vestige de nous pour être dévoré par ces répugnants prédateurs."

Lorsqu'ils se rapprochèrent, Miron fut soudain frappé au visage avec une violence inattendue par une créature ailée noire. Et malheureusement, il perdit son sifflet sous le choc brutal. Pendant ce temps, Kei qui voulut aller au secours de son ami, se laissa empêtrer dans des gigantesques toiles indéchirables qui se resserraient inexorablement autour de son corps à chacun de ses mouvements. Sans même comprendre ce qui lui arrivait, le jeune blondinet se retrouvait emprisonné dans un cercueil de toiles immaculées et résistantes aux lames. Il cessa complètement d'essayer de sortir lorsque le sang commença à couler de ses blessures.

"Miron !"

Miron se retourna et comprit immédiatement la situation. Il revint immédiatement sur ses pas pour aider son ami à sortir de la toile. Il s'illumina à nouveau, prêt à lancer des tirs magiques avec son sceptre, mais hélas, les insectes les encerclèrent bientôt sans aucune échappatoire et il était tout simplement impossible de s'en débarrasser.

Miron tenta de brûler les toiles avec la magie du sceptre, mais n'y parvenant pas, il tira les toiles à mains nues, aussi fort qu'il le pouvait, hélas plus il tirait, plus elles s'enroulaient autour de Kei et l'étouffaient irrésistiblement. Pendant ce temps, les autres insectes avaient travaillé, et sans que Miron s'en rende compte, ils avaient créé un gigantesque mur de toile autour de lui, piégeant avec lui la bête géante, jaune pâle et débridée. Ne trouvant aucun autre obstacle sur son chemin, il prit son élan et se précipita brutalement vers les garçons. Miron le vit se précipiter sur eux, et sans perdre une seconde, pointa son sceptre sur lui, se mit à briller, et tira sur lui autant de feu magique que possible.

Mais hélas, ses attaques n'eurent aucun effet. Et le monstre continua sa course monstrueuse vers eux. Monstrueuse et funeste.

Alors cette fois, sachant qu'il n'avait plus aucune chance de l'arrêter, il comprit que c'était enfin la fin. Il sentit comme une sorte de résignation et de sérénité dans son cœur et ferma instinctivement les yeux, attendant que la mort l'enlève enfin.

Mais s'attendant à un choc douloureux et fatal, il fut rapidement surpris de constater que ce n'était pas le cas. En ouvrant ses yeux encore hésitants, il vit que la méchante créature s'était soudainement arrêtée devant eux. Une puissante magie agissait sur la bête. Essayant d'abord de reprendre son souffle, Miron remarqua rapidement la magie qui emprisonnait la bête. Elle se matérialisait devant lui, d'énormes chaînes emprisonnant les pauvres créatures, tenues par des êtres géants d'un rouge sombre lumineux. Réalisant ce qui se passait, Miron se tourna soudainement vers Sirkol. Il leva négligemment la main et, en souriant, le directeur avait usé de son pouvoir pour sauver Miron. Cette intervention était un acte de pure malveillance et de sadisme suprême, avec l'intention évidente de prolonger le jeu le plus longtemps possible. Miron regardait Kei suffoquer lentement, irrémédiablement dans les toiles d'araignée, tandis que son sang avait deja complètement barbouillé son visage. Et soudain, quelque chose s'est brisé en Miron. Il en avait assez. Et sans vraiment y croire, il finit par dépasser une limite qu'il n'aurait jamais cru pouvoir atteindre un jour. Il était froid. Il est devenu aussi silencieux que les nuits sans lune de Stanys.

Et puis, il laissa finalement ses souvenirs revenir.

—— Chapitre bloqué ——
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