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Historique
Chapitre 2 Un monstre sauveur
Nombre de mots : 1466    |    Mis à jour : 24/05/2021

Mira tenait sa main autour de son cou, essayant de respirer. Elle entendit également d'autres personnes respirer bruyamment, s'étouffant dans leur peur démesurée. Certains tombèrent immédiatement à terre — Mira devina aisément leur posture, s'effondrant sur le sol poussiéreux, roulant de douleur, ramenant leurs mains à la gorge, leurs yeux rouges, leur visage écarlate et pâle, perdant leur souffle pour ne jamais le retrouver. Les autres, plus durs, étaient toujours debout, bien qu'hésitants et perdus.

Le chef, celui qui avait répondu à Mira à la place des rebelles, affronta son ennemi.

— Vous.... Pourquoi ? Vous ne devriez pas être là, vous ne devriez même pas être visible !

Aucune réponse ne suivit ces paroles pathétiquement démystifiées.

— Pensez-vous qu'ils n'ont pas déjà senti votre présence !? C'est si fort que n'importe qui peut le sentir à des kilomètres à la ronde.. !

La voix du monstre s'éteignit progressivement dans une douleur inimaginable.

— Ils ne vous laisseront pas vous en sortir comme ca. Ils vous chasseront jusqu'à ce qu'ils vous attrapent, puis ils prendront possession de vous, et de votre pouvoir !

Puis un son étrange et effrayant se fit entendre et se répandit. Mira aurait pu jurer qu'elle sentait la boue, un océan de boue noire putride se formant, devenant un tourbillon et avalant tout autour, chose ou être, tout sauf elle. L'odeur était nauséabonde et douloureuse, à tel point que Mira se sentait presque désolée pour ces gens atroces, irrémédiablement plongés dans l'obscurité la plus profonde que même eux ne pouvaient pas supporter. Ils n'avaient aucune chance de se battre et d'échapper à ce monstre apparemment invincible, autant qu'ils n'auraient pas pu effacer la nuit.

Ils les entendirent tous. D’ailleurs, Mira paria que n'importe qui l'aurait senti. Car ils étaient d'une évidence incomparable. Des pas fermes, nonchalants et transparaissant d’une arrogance allant au-delà de tous les mots. Leur propriétaire ne pouvait être qu’à leur image. Plus aucun bruit n'osait déchirer l'obscurité de cette longue nuit, plus aucun mot, plus aucun murmure, plus aucun mouvement n'osait s'interposer, rien ne devait exister, sauf ces quelques pas qui signifiaient certainement plus que la plupart des gens, elle y compris, ne le comprendraient jamais. Autant, ils ressentaient la peur de Mira, autant elle ressentait la leur. Une peur monstrueuse, plus grande que la sienne, qui les dévorait et les rendait incapables de réagir. Tout le monde attendait, impuissant, l'arrivée inexorable de cet être que même ces gens si dépravés et si dégoûtants craignaient tant.

Mira sentit chaque mouvement qu’il accomplissait, comme si elle était devenue une partie de lui. Il monta nonchalamment les escaliers, poussa la lourde porte déchiquetée et entra dans la chambre noire comme un conquérant. Ce qu’il ne pouvait qu’être sans aucun doute du reste.

Sa présence, déjà évidente et intense au moment de son apparition, devint tout simplement phénoménale dans ce bâtiment abandonné. Tellement phénoménale qu'elle étouffa l'atmosphère et coupa le souffle à toutes les personnes présentes.

Mira gesticulait dans la douleur, essayant par tous les moyens de contenir ses cris de souffrance, mais bientôt, la douleur fut si grande qu'elle se joignit aux cris de ses ennemis.

— Oh, non, c'est insupportable...... !

Elle ferma les yeux, perdant conscience.

— Quelqu'un, s'il vous plaît, aidez-moi..." pria un de ses ravisseurs qui se noyait dans le lac de ténèbres. Poupée !

L'air froid ranima la jeune fille à elle, avant de la geler. Alors, elle s'était remise à crier de choc et de douleur. La magie était si puissante qu'elle arriva même à engourdir son esprit.

Puis tout se termina aussi soudainement qu'il avait commencé.

Et le monstrueux étranger, comme si rien n’était et qu’il n’avait pas éliminé avec une facilité et une froideur déconcertante des êtres aussi sauvages que morbides,, marcha à nouveau, mais cette fois pour se rapprocher de Mira. La jeune fille, toujours cachée dans son abri désormais inutile, n'eut même pas la surprise de découvrir que cet être effrayant avait la capacité de voir et de se déplacer naturellement dans l'obscurité. Bientôt, il s'arrêta devant son abri de fortune, qui aurait été bien caché des yeux de ses poursuivants, mais ne pouvait l'être de lui, et se tint devant elle comme un maître de la justice. Pendant un instant, il n’esquissa pas le moindre geste, arrêtant le cœur déjà douloureusement éprouvé de la jeune survivante, puis s'accroupit. Il lui tendit la main et la toucha. Instantanément, avec ce simple toucher, léger mais terriblement froid, sa douleur disparut comme si elle n'avait jamais existé, comme si elle ne lui avait jamais rongé la chaire.

— Est-ce que ça va ?

Mira, toujours plongée dans l'obscurité totale, contrairement à son interlocuteur, sentait qu'il la regardait avec moquerie.

Puis, en quête d'une réponse, elle hocha la tête, incapable de dire quoi que ce soit. Mais elle savait qu'il la voyait très bien, en outre elle pouvait sentir son sourire. Amical mais froid.

— Viens avec moi.

— Non !" Mira refusa immédiatement dans un sanglot, retrouvant enfin sa voix et révélant sa grande terreur.

— Je t'ai dit de venir ! Insista-t-il, sans pour autant masquer le refus de la jeune magicienne.

— Et j'ai dit non ! Mira osa à nouveau protester. Il n'est pas possible que j'accepte de partir avec un étranger dont je ne vois même pas le visage", ajouta-t-elle, secouée, comme si c'était son devoir de s'excuser.

— C'est toi l'étranger qui êtes ici. J'ai fait tout ce chemin et j'ai combattu mon peuple pour toi. Juste pour te sauver de leurs griffes et de ta grande stupidité. Le moins que tu puisses faire maintenant est de me remercier et de me laisser t’emmener dans un endroit sûr.

Mais au lieu d’obtempérer, Mira s’éloigna de lui, reculant le plus loin possible, se fondant presque contre le mur derrière elle.

— Quel genre de lieu sûr ? Je doute fort que vous puissiez avoir ce genre de chose ici. Depuis mon arrivée inexplicable dans votre monde, je n'ai vu que ténèbres et toutes les choses laides et incompréhensibles qu'elles peuvent contenir.

— C'est ta faute si tu es venue ici.

— Mais je n'ai justement rien demandé ! Je ne sais même pas comment je suis arrivé ici ni pourquoi.

— Cela n'a pas d'importance. Pas pour l'instant, et encore moins pour moi. Je veux juste te sortir de ce monde que tu sembles déjà tant haïr et craindre.

Mais Mira continuait à secouer la tête, incapable de ressentir quoi que ce soit pour son soi-disant sauveteur, si ce n'est un malaise étrange et très douloureux.

— Et qui dit que je peux vous faire confiance ?

L'étranger soupira, montrant ouvertement son impatience initiale.

— Je t’ai sauvé la vie. Cela devrait te suffire.

— Non, j'ai plutôt eu l'impression que vous les avez tués, avec un empressement et un plaisir plus qu'évidents. Qui sait si vous n'êtes pas comme eux. Voire pire, ajouta-t-elle avec une hésitation presque pitoyable.

Mira sentit à nouveau son insondable sourire, qu'elle détestait déjà tant.

— Qui sait, en effet. Je suis probablement même tel que tu l’as si bien dit, ou pire encore. Mais pas pour toi. Pas ce soir en tout cas. Alors, suis-moi maintenant et tu vivras, ou sinon je vais m'énerver pour de bon.

Une peur atroce envahit Mira, encore plus terrible que celle qu'elle ressentait lorsqu'elle était poursuivie par ces êtres dépravés. Néanmoins, elle ne pouvait s'empêcher d'y répondre.

— Et que feriez-vous si je ne le faisais pas ? Me blesseriez-vous et m'étoufferiez-vous avant de me plonger dans un sommeil éternel, comme vous l’aviez fait avec les autres ?

— Si c'est ce que tu veux, je le ferai. Ou alors, je pourrais aussi bien te laisser ici.

— Vous feriez ça ? demanda la jeune fille incrédule et effrayée. Vous me laisseriez ici, sans arme, sans magie ni rien, à la merci des monstres de votre monde !

Ce n'était pas possible, continua-t-elle à penser, son cœur était oppressé par la panique. Il n'allait pas lui tourner le dos et partir après être venu la chercher. Mais tout bien considéré, comment le saurait-elle ? C'était un étranger, et un étranger avec du sang glacé d'après ce qu'elle avait vu de ses propres « yeux ».

— Parce que tu ne me suivrais pas ! expliqua-t-il comme à un enfant simple d'esprit, mais devinant parfaitement les pensées de sa jeune invitée. Je ne serais alors plus responsable de ton état alors que ce serait définitivement le cas. En bref, si tu veux revenir chez toi saine et sauve, viens avec moi.

Elle acquiesça immédiatement, soumise, soulagée qu'il ait daigné lui donner une autre chance de le suivre. Puis l'étranger mit ses mains sous les jambes de Mira et la souleva comme si elle était un objet en apesanteur.

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