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Chapitre 4 Déni
1076    |    26/05/2021

Quelque chose de douloureux, d'irritant et surtout de détestable résonna dans l'esprit de la jeune magicienne qui commença à ressurgir avec force. Un visage en colère, des mots affreux, des mains cruelles qui l’avaient saisie et lui ont griffé la peau, dont elle ignorait si elle pouvait s’en échapper. Instinctivement, Mira baissa la tête pour se rendre compte des égratignures qui étaient déjà présentes quand elle s'était réveillée.

— Et moi, alors ? Pourquoi moi ? Pourquoi justement moi ? Je ne sais rien, je vous assure. J'ai tout oublié ! insista la jeune femme tout en se forçant à protéger son esprit. Elle se refusait de le faire, de les laisser revenir, ses souvenirs horribles et détestables.

— Sinon, je ne me lasserai pas de vous le demander !

— Au contraire, réfuta son sauveur, moqueur et impitoyable, tu es parfaitement consciente de la cause de ta venue ici. Ta mémoire est juste un peu... bloquée, enfin, c’est ce que tu essaies despérement. Mais tu sais très bien ce qui t’a amené ici. Pour ne pas dire ce qui t’a conduit ici.

— Non, je vous l'ai déjà dit ! cria-t-elle, humiliée. Sinon, pourquoi serais-je en danger ? Mira plaida avec force, refusant la vérité.

— Et je te le répète, ce n'est pas vrai ! Ne me mens pas et dis-moi haut et fort qu'il ne t’a jamais été interdit d'approcher les abords de la cité royale abandonnée. Ce lieu est le lieu de prédilection des sorciers et des magiciens des ténèbres, qui aiment exercer leur magie et jeter des sorts autant qu'ils le souhaitent, sans que personne n'ait le droit d’intervenir dans leurs actes.

Mira détourna le regard de la cité, se laissant envelopper un instant par les vastes paysages baignés par les lumières phénoménales de la nuit et les innombrables lueurs artificielles, puis elle se tourna vers son inconnu.

— Quelle cité gigantesque !

— Oui, et je peux t’assurer qu'elle n'est en aucun cas abandonnée", dit-il sardonique.

Ils se regardèrent un instant.

Puis Mira baissa les yeux et admira les mains de son sauveteur, celles qui l'avaient sauvée et arrachée à un destin peut-être pire que la mort, mais qui avaient, avec une froideur et une cruauté effroyables, massacré des gens sordides et dépourvus de tout sentiment, et qui conduisaient maintenant un véhicule puissant et étrange qu'un être cher lui avait offert pour l’avoir cru être à son image.

— Vous avez de belles mains.

— Merci beaucoup. Mais autant te dire tout de suite que je n'ai pas l'intention de t’avouer de quelle manière je les entretiens, ce serait trop comique.

— J'en doute beaucoup.

En outre, son somptueux manteau bleu nuit sur-mesure était magnifiquement brodée de fils sombres et brillants, des motifs abstraits ornaient le tissu clair. Pourtant, il la portait d'une manière plutôt curieusement méprisante et désinvolte.

Pendant un long moment, ils restèrent silencieux, traversant rapidement les hautes banlieues de la cité étincelante, avant que le mystérieux sauveteur ne parle à nouveau.

— Tu te souviens de tout, n'est-ce pas ? Et maintenant...

Elle hocha la tête, ne se fatiguant plus de réfuter ce que son inconnu avait déjà deviné plus qu'elle.

— Ta mémoire est revenue à la normale. Je suis heureux pour toi.

Mira sourit faiblement

.

— C'est vrai ? Et ce serait grâce à vous ?

Il haussa encore les épaules, pour dire que ce détail aussi n'avait pas beaucoup d'importance.

— Nous sommes probablement d'accord sur ce point. Il admit tout de même.

— Oui, nous sommes d'accord.

Il soupira bizarrement.

— Tu veux en parler ?

— Vous aussi. Vous êtes obsédé par la vérité.

— Comme tout le monde, fit-il remarquer comme d’une évidence.

— Alors pourquoi parler de ce que nous savons déjà !

— Non, il semble juste que je l'ai deviné. Mais c'est tout.

Mira secoua la tête.

— Je ne crois pas qu’avec vous ce soit si simple. Vous donnez l’impression de toujours tout savoir.

— L'important, c'est que tu te souviennes de tout maintenant.

— Oui, je suppose que oui. Mais pourquoi devrais-je parler de mes problèmes ?

— Je ne sais pas vraiment. Peut-être serait-il préférable de vider ton sac, comme on dit si bien, pour te débarrasser des conséquences malsaines de ces sentiments sordides et d’invraisemblables regrets accumulés.

— Vous y croyez ? demanda-t-elle ironiquement pour cacher ses blessures. On apprend aussi la psychologie dans votre monde défaillant, peut-être ?

— En fait, je ne le sais pas moi-même. Je ne me suis jamais trouvée dans ta situation.

Cela semblait vouloir dire qu'il n'avait pas vécu assez longtemps pour que cela lui arrive. Mais elle a dû se tromper, se réprimanda-t-elle. Au contraire, ce genre de personne devait en savoir trop. Beaucoup trop.

— Je ne vous connais pas. Mais je peux facilement concevoir cela. Je doute fort que quelqu'un de votre espèce ait jamais eu le moindre chagrin.

— Le penses-tu vraiment ? Mais c'est un compliment !

Mira fut immédiatement alertée par le ton de la voix de son inconnu. Elle le regarda intensément.

— Si seulement tu savais, Mira.

Ils roulaient depuis déjà un moment. La nuit était calme et silencieuse. Un peu trop d’après la pensée de la jeune femme. La fenêtre était baissée, le vent, merveilleusement léger et rafraîchissant, caressait le visage de Mira. Elle contemplait le paysage sombre. Bientôt, ils atteignirent une chaîne de collines d'où l'on avait une vue imprenable sur tout le royaume surdimensionné. Mira vit avec joie la grande cité illuminée par des feux multicolores et extraordinaires, la population grouillante, qui donnait l'impression de ne jamais dormir, rassurait étrangement la jeune étrangère. Les appareils multicolores, les néons de la place, la grande roue aussi haute que la plupart des bâtiments, toutes ces élaborations surprenantes la surprenaient au plus haut point. Les lumières étaient si brillantes et éblouissantes qu'elles illuminaient toute la colline et donc l'intérieur de la voiture. Mira était éblouie par tant de beauté et de force de vie dans un endroit aussi douteux.

Une image qui lui rappelait étrangement et toujours la personne assise à côté d'elle.

Elle s'est tournée vers son nouvel ami.

— Écoutez..........

Mais Mira n'eut jamais l'occasion de relancer leur discussion, car une terrible explosion se produisit, et les secoua horriblement comme de simples jouets. Mais ils n’eurent pas le temps de se remettre qu’une deuxième explosion arriva, si intense que la moitié d'une colline s’effondra dans un bruit assourdissant.

            
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