Livres et Histoires de Soren Vale
Larmes Froides, Amour Trahi
La pluie froide du Père-Lachaise lavait les larmes muettes de Jeanne Dubois. Devant la tombe fraîchement creusée de son père, pilier de l' architecture parisienne, elle cherchait un répit, un instant pour laisser le chagrin l' envahir. C' est alors, sous un cyprès assombri par l' humidité, que les voix basses de son fiancé Antoine Leclerc et de son puissant père la transpercèrent. « Avec la disparition de Monsieur Dubois, sa société d'architecture ne nous est plus d'aucune utilité. Ton mariage avec Jeanne… » Son souffle se coupa. Puis, la voix d' Antoine, tranchante : « Je sais, papa. Je trouverai une excuse pour rompre. De toute façon, j'ai toujours préféré Sophie Moreau, l'héritière des parfums Moreau. C'est parfait. » Les mots la frappèrent comme un coup-de-poing. L' homme qu' elle aimait, auquel elle s' était vouée, la jetait tel un vulgaire outil usagé, pour une autre, superficielle et arrogante. Un froid glacial, plus insidieux que la pluie, envahit son être. Ses larmes cessèrent, remplacées par une lucidité amère : tout n' avait été que mensonge, qu' intérêt. L' amour, les projets, tout était une façade. De retour dans l' appartement familial, vide et froid, sa mère, Valérie, lui proposa une autre alliance : un mariage arrangé avec la famille Chevalier de Lyon. Une alliance salvatrice, mais dénuée d' amour. Jeanne, le cœur brisé mais l' esprit clair, sentit une force dure, froide et déterminée naître en elle. Elle ne serait plus une victime. Elle ne serait plus piétinée. « J' accepte. » dit-elle à sa mère, le visage dénué d' émotion. « Laissez Antoine m' escorter. » Sa mère, choquée, balbutia : « Antoine ? Mais… il va rompre. Tu l'aimes toujours, n'est-ce pas ? » Le sourire de Jeanne devint amer. « Maman, je ne suis pas stupide. J'ai oublié celui qui ne me met pas dans son cœur. » « C'est un honneur qu'il ne pourra pas refuser, surtout si la demande vient de l'Élysée. » La douleur était toujours là, une braise sous les cendres. Mais maintenant, elle était alimentée par une graine de vengeance qui germait, promettant de fleurir sur les ruines de sa trahison.
Haute Couture, Mon Destin Propre
Les bruits familiers de l' atelier m' ont ramenée d' un coup, à la veille de la Fashion Week de Paris. C' était LE jour précis où ma vie avait basculé, celui où Antoine Chevalier, mon amour d' enfance et associé, est tombé follement amoureux de Chloé Martin, une styliste américaine. Pour elle, il avait tout détruit : saboté ma carrière, organisé un « accident » de voiture pour que je rate un concours crucial qu' elle a remporté à ma place, et même exigé une transfusion sanguine massive qui m' a rendue stérile. Notre mariage forcé fut une prison, et son suicide pour elle m' a abandonnée dans la cruauté la plus totale, me laissant brisée et sans enfant. Mais cette fois, un souffle glacé de lucidité a transformé ma douleur en détermination pure. « Élise, veux-tu être ma petite amie ? », a-t-il demandé, son sourire arrogant comme une insulte. « Non », ai-je rétorqué, la voix claire et nette. Son visage s' est figé, son arrogance s' est muée en confusion, tandis que je brisais les chaînes d' une ancienne servitude. « Si c' est comme ça, je reprends ma machine », a-t-il lancé, mesquin. Calmement, j' ai remboursé tous les matériaux qu' il m' avait offerts, coupant les ponts avec mon passé. Puis, je les ai vus : Antoine riant avec Chloé, qui caressait ma machine à coudre, le symbole de notre avenir commun. « C' est ta machine ! Il te l' a reprise pour lui offrir ? », s' est indignée Camille, ma meilleure amie. Je me suis dégagée de la poigne d' Antoine, la rage au cœur. « Je déménage de l' atelier. Aujourd' hui même », ai-je annoncé à Camille. J' ai arraché et jeté les croquis qui représentaient les années où j' avais sacrifié mon style pour ses désirs. Mon téléphone a vibré, c' était lui, paniqué : « Tu déménages ? Tu gâches tout sur un coup de tête ? Tu es tellement froide ! » « Antoine, c' est fini », ai-je tranché avant de bloquer son numéro et celui de Chloé. Quand je l' ai vu simuler une blessure pour ruiner ma réputation au concours, une détermination glaciale m' a saisie, remplaçant la peur par une soif de confrontation. J' ai gagné le concours, face à son incrédulité et la pâleur de Chloé. Cette nuit-là, il a tenté de me manipuler encore : « Mon bras me fait terriblement souffrir. » « Antoine, arrête ton cinéma. Il n' y a rien de mal avec ton bras… Tu as fait ça pour me saboter », ai-je rétorqué. Il a avoué, hurlant : « C' est toi qui m' as abandonné ! Tu méritais bien ça ! » Puis, un appel de Chloé : une réaction allergique. Alors qu' il s' apprêtait à courir la rejoindre, j' ai mis ma main devant lui, assez fort pour que les voisins entendent tout. « Antoine, ton bras ! Fais attention ! Tu ne peux pas courir comme ça, tu es gravement blessé, n' est-ce pas ? » Il était piégé, et dans sa précipitation, il a tout avoué : « Si seulement tu avais accepté de te retirer du concours comme une personne décente, rien de tout ça ne serait arrivé ! » Quelques heures plus tard, il m' a forcé le passage pour que je donne mon sang à Chloé. J' ai saisi un presse-papier : « Non, Antoine. C' est non pour le restant de mes jours. Sors de chez moi ! » « Je te hais », ai-je ajouté, chaque mot pesé, et il s' en est allé, vaincu. Des années plus tard, à Milan, il m' a confié son regret : « J' ai détruit la seule chose qui comptait vraiment. » Je l' ai simplement regardé, puis je me suis détournée, libre, mon avenir radieux devant moi.
L'Art de la Ruine : La Vengeance d'Amélie
Mon atelier sentait bon l'huile de lin, l'odeur de cette passion d'artiste, celle que j'avais mise de côté pour Antoine et son grand rêve de vin en Bourgogne. Notre vie semblait paisible, malgré les efforts que son domaine exigeait. Puis, Chloé est entrée. Une jeune femme nerveuse, une toile moderne déchirée. Et cette voix, au téléphone, murmurant un « Antoine, mon amour », qui a non seulement brisé mon cœur, mais a révélé la double vie que mon mari menait. Ce n'était pas une simple aventure. J'ai découvert qu'Antoine me trompait depuis un an, et pire encore : il m'avait systématiquement dépouillée. Juste après notre fausse couche, alors que j'étais la plus vulnérable, il avait vendu nos précieuses œuvres d'art, liquidé nos comptes, puis falsifié ma signature pour hypothéquer notre appartement. Il me jetait comme un vulgaire objet, après s'être servi de moi. Et Chloé, il la voyait comme une "jument poulinière" avec un "excellent pedigree", un moyen d'accéder à l'empire de son père après un héritier. Comment avait-il pu être si monstrueux, si calculateur ? Me réduire à un ventre, ma carrière à une béquille pour son hypocrisie, ma vie à un champ de ruines méthodique ? La douleur n'était plus, remplacée par une rage glaciale. Quand il m'a lâchement abandonnée à l'hôpital, préférant courir après la "fausse urgence" de Chloé, j'ai compris. J'étais tombée, mais je me relèverais. Non pas seule, mais avec celle qu'il avait aussi manipulée. Une vengeance méthodique allait s'ourdir, un piège implacable qui ferait tomber son empire et le réduirait à néant.
