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Enceinte de l'Homme que j'avais Rejeté

Enceinte de l'Homme que j'avais Rejeté

5.0
10 Chapitres
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Elle a repoussé son professeur de mathématiques. Des années plus tard, Tatiana s'abandonne en quelques jours à deux hommes, le premier par fatigue, le second par amour. Quand elle tombe enceinte, celui qu'elle aime la traite de prostituée et renie l'enfant. « Utilise la même technique pour t'en débarrasser. » Seul, l'homme qu'elle n'a jamais aimé lui répond : « Il y a peut-être une bonne chose dans ton ventre. » Pourquoi ce prof de maths est-il prêt à tout pour garder une femme enceinte d'un autre ? Entre un amour qui l'a trahie et un secret vieux de vingt-cinq ans, Tatiana va devoir répondre à une seule question : qui est vraiment le père de son fils ?

Table des matières

Enceinte de l'Homme que j'avais Rejeté Chapitre 1 Le refus

Le jour où monsieur Jules est entré pour la première fois dans notre salle de classe, je n'ai pas levé les yeux de mon cahier, tant j'étais occupée à recopier les schémas de cellules que j'aimais déjà dessiner pendant mes heures libres. Je rêvais de sciences biologiques depuis aussi longtemps que je me souvenais, et les mathématiques n'étaient pour moi qu'un passage obligé, une montagne à gravir avant d'atteindre le paysage que je désirais vraiment.

Mes camarades chuchotaient autour de moi que le nouveau professeur était jeune, élégant, un peu mystérieux, mais je n'y prêtais aucune attention, car mon cœur était entièrement tourné vers mon avenir et vers mes études.

Ce fut sa voix qui me força à relever la tête, une voix posée, presque trop douce pour un homme qui allait nous parler d'équations, et quand mes yeux rencontrèrent les siens, je compris qu'il me regardait déjà depuis un moment. Il détourna le regard avec un sourire discret, comme pris en faute, puis il reprit son cours avec naturel, mais j'avais senti ce frisson désagréable de celle qui devine qu'elle est observée. Je me suis dit que j'imaginais des choses, que la fatigue de la rentrée me jouait des tours, et je me suis replongée dans mon cahier avec un peu plus d'application que nécessaire.

Les semaines passèrent, et je ne pus plus me convaincre que mon imagination était seule responsable. Monsieur Jules m'interrogeait plus souvent que les autres, il s'arrêtait près de ma table pour examiner mes exercices, et ses commentaires, toujours élogieux, s'attardaient bien au-delà de ce que la correction d'un devoir exigeait. Un soir, à la fin du cours, il me demanda de rester quelques minutes, et pendant que mes camarades quittaient la salle en échangeant des regards complices, mon ventre se noua d'une angoisse que je ne savais pas nommer. « Tatiana, vous avez une intelligence rare », me dit-il en rangeant lentement ses papiers, « et je serais heureux de vous donner des leçons supplémentaires, gratuitement, le soir, quand vous le souhaiterez. » Je le remerciai poliment, mais je refusai, en lui expliquant que mes notes me suffisaient et que je préférais me débrouiller seule.

Il n'insista pas ce jour-là, mais il commença à glisser de petits mots dans mes copies, des phrases courtes qui prétendaient encourager mon travail et qui, à chaque fois, laissaient flotter quelque chose de plus personnel. Un matin, je trouvai même un petit paquet posé sur ma table, une boîte de chocolats accompagnée d'une carte que je n'osai pas lire devant les autres. Je ressentais une gêne profonde, mêlée de honte, comme si j'avais commis une faute sans savoir laquelle, et lorsque j'entendis des élèves rire derrière moi, je compris que toute la classe avait remarqué ce qui se passait. J'avais envie de disparaître, de rentrer sous terre, et plus encore de crier que je n'avais rien demandé.

Je rentrai chez moi ce soir-là avec une colère sourde dans la poitrine, et je restai longtemps assise sur mon lit, la carte entre les mains, hésitant à la déchirer. Puis je l'ouvris, presque malgré moi, et je lus quelques lignes écrites d'une main fine et appliquée : il me disait qu'il pensait à moi plus qu'il ne le devrait, qu'il savait que c'était inconvenant, mais qu'il ne pouvait plus se taire. Mon cœur battit très fort, non pas de plaisir, mais de peur, et je sentis les larmes me monter aux yeux, car je me demandais ce que j'avais bien pu faire pour attirer une telle attention. Je glissai la carte tout au fond de mon sac, résolue à mettre un terme à cette histoire avant qu'elle ne devienne plus grande que moi.

Le lendemain, je l'attendis dans la cour, à l'heure où les élèves se dispersaient, et je m'avançai vers lui en serrant mes cahiers contre ma poitrine pour cacher le tremblement de mes mains. « Monsieur », lui dis-je d'une voix que je m'efforçais de rendre ferme, « je vous respecte comme mon professeur, mais je ne peux pas accepter ce que vous me proposez. Je ne ressens rien pour vous, et je vous demande de me laisser tranquille. » Il resta silencieux un instant, et je vis passer sur son visage une tristesse si profonde que j'en fus presque troublée, comme si mes paroles avaient ravivé une blessure bien plus ancienne que moi.

« Je comprends », murmura-t-il enfin, sans colère, sans reproche, avec une douceur qui me glaça davantage que de la fureur. « Mais je vous préviens, Tatiana, je sais attendre. Un jour, vous comprendrez des choses que vous ne soupçonnez pas encore. » Je ne saisis pas le sens de ces paroles, et je m'éloignai à grands pas sans me retourner, le cœur battant, les jambes un peu molles, partagée entre le soulagement d'avoir parlé et l'étrange sentiment d'avoir laissé derrière moi une porte qui ne s'était pas vraiment refermée.

À partir de ce jour, monsieur Jules me traita avec une correction irréprochable, sans plus aucun mot glissé dans mes copies, sans plus aucun regard appuyé, et peu à peu, je retrouvai la paix que je croyais perdue. Je me jetai dans mes études avec une ardeur nouvelle, comme pour prouver à moi-même que rien ne pourrait me détourner de mes rêves, et j'obtins mon diplôme avec des résultats dont je n'avais pas honte. Mais lorsque, la dernière semaine, je le croisai dans le couloir et qu'il me salua d'un simple signe de tête, je sentis un petit pincement que je refusai d'analyser, car j'ignorais encore que cet homme que je venais de repousser reviendrait un jour frapper à ma porte, et que mon refus d'adolescente était le premier fil d'un destin qui allait me broyer, puis me relever.

Ce soir-là, je rentrai chez moi à pied, sous un ciel d'un rose étrange, et je me fis une promesse silencieuse : je n'aimerais que celui qui ferait battre mon cœur d'un élan véritable, et je ne me contenterais jamais d'une affection que je n'aurais pas choisie. Je ne savais pas à quel point la vie allait mettre cette promesse à l'épreuve, ni combien de larmes je verserais avant de comprendre que le vrai amour se cache parfois derrière le cœur que l'on a rejeté.

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