Quand je l'ai confronté, il l'a laissée détruire mes échantillons irremplaçables. Puis, il a fait en sorte que mes mains, les mains d'une neuroscientifique, soient méthodiquement brisées pour s'assurer que je ne puisse plus jamais travailler.
Il m'a séquestrée, me forçant à renoncer à toute ma carrière et à m'excuser publiquement pour des crimes que je n'avais pas commis.
Il appelait ça une « correction », une leçon que je devais apprendre. Comment l'homme qui avait juré de me protéger a-t-il pu devenir mon bourreau personnel ?
Mais alors que j'étais allongée sur un lit d'hôpital, brisée et seule, un SMS a illuminé mon écran : « Besoin d'aide ? J'ai une dette envers votre famille. » Il pensait m'avoir anéantie. Il n'a fait que forger une arme.
Chapitre 1
Point de vue d'Aurélia Dubois :
Le monde me connaissait sous le nom d'Aurélia Dubois, la neuroscientifique sur le point de déclencher une révolution médicale. J'étais sur le point de percer le secret d'un cancer rare et agressif, le même qui avait emporté ma mère et qui rongeait maintenant ma sœur, Chloé. Ma vie tournait autour de ce travail, une course désespérée contre la montre.
Et puis, il y avait Maxime. Mon mari.
Il a usé de son pouvoir, de son influence écrasante de magnat de la tech, pour arracher le prix de recherche posthume de Chloé. Il voulait le donner à Candice Royer, sa jeune et manipulatrice protégée.
La même Candice qui a tué ma sœur.
Il pensait que je ne savais pas. Il me croyait aveugle.
Je ne l'étais pas.
« La décision du conseil est définitive, Aurélia. » La voix de Maxime trancha la tension électrique de mon laboratoire. Il se tenait dans l'encadrement de la porte, sa silhouette bloquant la lumière, le faisant paraître encore plus grand, plus imposant.
Il arrivait toujours comme une tempête.
« Définitive ? » Je laissai tomber la pipette, le verre cliquetant contre le comptoir stérile. Mes mains tremblaient, non pas de fatigue, mais d'une angoisse glaciale qui était devenue ma compagne de tous les instants. « Chloé a mérité ce prix. Son travail sauve des vies. »
« Son travail est... compliqué », dit-il en entrant dans la pièce. Ses yeux, d'habitude si chaleureux et accueillants, étaient froids comme des éclats de glace. « La présentation de Candice était impeccable. Sa vision, révolutionnaire. »
Un rire amer m'échappa. « Sa vision ? C'était la vision de Chloé. Jusqu'au moindre détail. »
Il m'ignora, comme il le faisait toujours quand il s'agissait de Candice. « Tu vas soutenir publiquement Candice, Aurélia. Et tu renonceras à toute autre prétention sur l'héritage de Chloé. »
L'air me manqua. C'était un coup de poing en plein estomac, rapide et sans pitié. Ma sœur, Chloé. Ma brillante, douce, et si fragile petite sœur. Elle n'était plus là. Pas seulement à cause du cancer, mais à cause d'une blessure plus profonde, plus sombre.
« Chloé s'est suicidée, Maxime », murmurai-je, les mots s'étranglant dans ma gorge. « Après que Candice l'a piégée. Après que Candice l'a harcelée en ligne jusqu'au désespoir. »
Il ricana, un son méprisant qui me hérissa les nerfs. « Candice a été bouleversée par les agissements de Chloé. Elle ne faisait que se défendre. »
« Se défendre ? Contre une femme qui était en train de mourir ? Contre son propre mentor ? » Ma voix monta, à vif. « Tu ne peux pas croire ça sérieusement, Maxime. Candice t'a manipulé. »
« Tu vois ce que tu veux voir, Aurélia. » Il fit un pas de plus, son ombre m'engloutissant. « Ton chagrin déforme la réalité. »
Mes mains se serrèrent en poings. Il n'avait aucune idée. Aucune idée du tourment que je vivais. De la culpabilité. De la rage dévorante qui me consumait.
« Candice l'a tuée, Maxime », déclarai-je, ma voix plate, vide de toute chaleur. « Elle a poussé ma sœur au suicide. Et toi, mon mari, tu la protèges. »
Il plissa les yeux. « Où sont tes preuves, Aurélia ? Montre-moi un seul élément concret. »
Le souvenir fulgura dans mon esprit : Chloé, vibrante et vivante, serrant ses notes de recherche, ses yeux brillant d'espoir. Puis, les appels paniqués, les attaques vicieuses en ligne, les accusations fabriquées qui la peignaient comme une fraudeuse. Candice, toujours tapie dans l'ombre, un serpent dans l'herbe, murmurant son poison.
Je me souvins de l'e-mail, une information anonyme qui m'avait menée à un serveur caché. Le serveur rempli des données volées de Chloé, ses découvertes révolutionnaires, méticuleusement clonées et réattribuées à Candice. Les horodatages, les adresses IP – tout pointait vers Candice. Mais la preuve finale, accablante, celle qui prouvait la complicité de Maxime, était le journal d'accès. Son réseau crypté. Ses serveurs. Il l'avait aidée à tout voler. Absolument tout.
« J'ai vu les logs, Maxime », dis-je, ma voix à peine un tremblement. « Ton réseau. Tes serveurs. Tu as donné à Candice l'accès aux recherches de Chloé. Tu l'as aidée à les voler. »
Un muscle tressaillit dans sa mâchoire. Pendant une seconde fugace, je vis une lueur de quelque chose, quelque chose qui ressemblait à de la peur, mais elle fut rapidement masquée par son habituelle froideur glaciale. « Tu délires, Aurélia. C'est une accusation grave. »
« C'est la vérité. »
Il recula, une lueur dangereuse dans les yeux. « Si tu persistes, Aurélia, si tu essaies de dénoncer Candice, je te détruirai. Je financerai ton rival, je discréditerai tes recherches. » Il désigna le laboratoire, les machines complexes, les échantillons délicats, l'aboutissement du travail de ma vie. « Ça. Tout ça. Disparu. »
Les mots restèrent en suspens dans l'air, lourds et suffocants. Le travail de ma vie. Le remède qui pourrait sauver tant de gens, et honorer la mémoire de Chloé.
« Tu ne peux pas », soufflai-je, ma voix à peine audible. « Cette recherche... elle sauve des vies. C'est pour des gens comme Chloé. »
Son visage resta impassible. « Je peux. Et je le ferai. Considère ça comme ton dernier avertissement. Tu as vingt-quatre heures pour te rétracter publiquement et soutenir Candice. Sinon, je m'assurerai que ton nom soit effacé de toutes les revues scientifiques, de toutes les subventions, de toutes les universités. » Il se tourna, son regard balayant mon travail, une promesse glaçante dans les yeux. « Et ensuite, je réduirai ce labo en cendres. »
La menace fut un coup physique. Elle me laissa le souffle coupé. Il était sérieux. Il le ferait. Il détruirait tout.
Je le haïssais. Je le haïssais avec une férocité qui brûlait dans mes veines.
Vingt-quatre heures.
Mon esprit s'emballa, cherchant une issue. Mais il n'y en avait pas. Pas encore. Pas tant qu'il tenait toutes les cartes.
Le lendemain, les mains tremblantes, je me tenais sur une scène brillamment éclairée. Les flashs crépitaient, la foule bourdonnait d'anticipation. Maxime était là, un sourire triomphant sur le visage, Candice accrochée à son bras, image de fausse innocence.
« Et maintenant », tonna le présentateur, « nous accueillons Aurélia Dubois, pour remettre le prestigieux Prix de l'Innovation de cette année à notre méritante lauréate, Candice Royer ! »
Mes jambes étaient de plomb. Mon cœur battait à tout rompre. J'avançai, marionnette tirée par les ficelles de Maxime. Candice m'offrit un sourire mielleux, ses yeux brillant d'un plaisir malveillant. Elle savait. Elle savait que je savais.
Je pris le lourd trophée des mains du présentateur, mes doigts effleurant le métal froid. Mon regard croisa celui de Candice. Son sourire s'élargit.
Je voulais le fracasser, briser le trophée et son visage suffisant avec. Mais je ne pouvais pas. Pas encore.
« Félicitations, Candice », je forçai les mots à sortir, chacun un éclat de verre dans ma gorge. Ma voix était plate, sans émotion, un contraste saisissant avec l'enthousiasme de façade qui m'entourait. La foule applaudit, inconsciente de la guerre silencieuse qui se jouait sur scène.
Candice se pencha, sa voix un sifflement bas. « Tu as fait le bon choix, Aurélia. Tu le fais toujours. » Sa main frôla la mienne, un geste feint de camaraderie.
Je tressaillis intérieurement. Son contact était comme la caresse d'une vipère.
Maxime observait depuis le premier rang, une lueur satisfaite dans les yeux. Il leva son verre, un toast silencieux à sa victoire, à mon humiliation publique. Candice, voyant son approbation, rayonna, se prélassant sous les projecteurs.
Plus tard, à la réception, Maxime et Candice étaient les stars incontestées. Il lui tenait la main, son regard fixé sur elle avec une intensité qu'il me réservait autrefois. Ils riaient, trinquaient, dansaient, vision d'un couple parfait.
Je me souvins de ses promesses, murmurées dans le noir. *Tu es la seule, Aurélia. Ma partenaire, mon amour, mon égale.* Les mots résonnaient dans mon esprit, un refrain cruel et moqueur. Maintenant, ses yeux couvaient Candice avec cette même intensité, cette même adoration possessive. Son amour était-il si facilement transférable ? Mon estomac se noua.
Une sonnerie stridente déchira le brouhaha festif. Mon assistante. Mon cœur fit un bond.
« Dr Dubois, c'est à propos des échantillons », balbutia-t-elle, la voix affolée. « Le nouveau lot... ils sont contaminés. Quelqu'un a trafiqué les unités de cryoconservation. »
Le monde bascula. Contaminés. Mes précieux échantillons. Ceux que je venais de préparer avec tant de soin. Ceux que Candice avait juré qu'elle m'aiderait à organiser.
« Vous êtes sûre ? » Je serrai le téléphone, mes jointures blanchissant.
« Absolument », sanglota-t-elle. « C'est une perte totale. Tout. »
Tout. Ma vision se brouilla. Je chancelai, la salle opulente tournant autour de moi. C'était Candice. Elle venait de briser mes mains. Elle venait de briser mes mains.
Mon regard se posa sur Maxime. Il riait encore, son bras autour de la taille de Candice. Il célébrait encore.
Une brume rouge descendit sur moi. Je marchai vers lui, chaque pas un acte de volonté délibéré. Ma main jaillit, rapide et sûre.
CLAC !
Le son claqua dans l'air, réduisant la pièce au silence. Sa tête bascula sur le côté, une marque pourpre fleurissant sur sa joue. Les rires s'éteignirent, remplacés par un silence stupéfait.
Il me dévisagea, les yeux écarquillés de choc. Candice haleta, s'agrippant à son bras.
« Elle a détruit mes échantillons, Maxime ! » crachai-je, la voix rauque de fureur. « Elle a ruiné des mois de travail ! Elle a tué ma recherche ! »
Il se frotta la joue, son regard se durcissant. « Candice ne ferait pas ça. C'était un accident. La recherche est souvent imprévisible. » Il se tourna vers elle, sa voix s'adoucissant. « Ne t'inquiète pas, ma chérie. Je dédommagerai Aurélia. Je m'assurerai qu'elle ait tout ce dont elle a besoin pour recommencer. »
Dédommager. Recommencer. Il ne comprenait pas. Il n'avait jamais compris. Mon travail n'était pas une question d'argent ou de subventions. C'était pour Chloé. C'était pour sauver des vies. Ce n'était pas juste un contretemps ; c'était une profanation.
« Tu ne comprends pas, n'est-ce pas ? » Je ris, un son creux et amer. « Tu n'as jamais compris. Tu penses que tout peut s'acheter, se remplacer, se compenser. » Ma voix tomba à un murmure glacial. « Tu penses que tu peux juste payer pour les dégâts que tu as causés ? »
Il se hérissa, sa mâchoire se crispant. « Qu'est-ce que ça veut dire, Aurélia ? »
« Ça veut dire », dis-je en me penchant vers lui, mes yeux plongeant dans les siens, « que ce n'est pas fini. Loin de là. »
À ce moment précis, Candice poussa un cri théâtral, se tenant la poitrine. « Oh, Maxime ! Je me sens mal... toute cette... tension... » Elle vacilla de façon spectaculaire, ses yeux papillonnant.
Il tourna immédiatement son attention vers elle, son visage marqué par l'inquiétude. « Candice ! Ça va, mon amour ? » Il la souleva, la berçant contre lui, me tournant le dos. « Sortons d'ici. »
Il l'emporta hors de la pièce, me laissant seule au milieu du silence stupéfait, l'air encore lourd des conséquences de ma gifle. Il ne se retourna même pas.
La dernière lueur d'espoir mourut dans mon cœur. Il était parti. Complètement.
Mon téléphone vibra dans ma main. Un message d'un numéro inconnu : « Besoin d'aide ? J'ai une dette envers votre famille. » C'était Antoine Moreau. Il avait été un collègue de Chloé, un PDG rival dans le monde pharmaceutique, mais sa famille avait une histoire avec la mienne. Une dette.
Je regardai les silhouettes de Maxime et Candice qui s'éloignaient. Mes mains picotaient encore de la gifle, mais une nouvelle sorte de résolution s'installa au plus profond de moi. J'en avais fini d'être une victime. J'en avais fini d'être humiliée.
C'était la guerre.
Je sortis mon téléphone, mes doigts tremblant encore, mais avec une nouvelle détermination. J'appuyai sur le bouton d'appel.
Au moment où la tonalité emplit mon oreille, une ombre sombre tomba sur moi. Maxime. Il était de retour. Ses yeux se plissèrent, le soupçon assombrissant leur profondeur. Il n'était pas parti, après tout.
« Qui appelles-tu, Aurélia ? » demanda-t-il, sa voix basse et dangereuse.
Le téléphone glissa de ma prise.