C'était une ombre indéfinissable, une forme qui oscillait entre l'humain et le monstrueux, ni vraiment homme ni véritable bête. Roxanne n'aurait su dire ce qu'elle voyait exactement, et cela ne faisait qu'amplifier sa peur. La seule certitude, c'était qu'elle n'avait aucun moyen d'échapper à cette présence implacable.
« Au secours ! » hurla-t-elle, sa voix aiguë résonnant faiblement parmi les troncs enneigés et les branches desséchées. Mais le vent mordant de l'hiver engloutissait ses mots, les dispersant dans l'immensité glaciale. Chaque souffle qu'elle tentait de prendre semblait s'échapper dans l'air gelé, la laissant haletante et tremblante.
Les épines gelées accrochaient ses vêtements et ses cheveux, et le froid piquant mordait sa peau à chaque foulée. Roxanne sentit son cœur battre à se rompre dans sa poitrine, sa respiration devenue saccadée, mais elle savait qu'elle ne pouvait pas ralentir. S'arrêter maintenant reviendrait à se condamner.
Alors qu'elle bondissait par-dessus un tronc tombé, son oreille captait un bruit derrière elle. Une vibration profonde, gutturale, qui la fit frissonner d'effroi :
« Grrrrrrrr... »
Un frisson lui parcourut l'échine. Elle força ses yeux à ne pas se retourner, mais son esprit imaginait déjà la forme hideuse juste derrière elle. Elle sentait le poids de ce regard invisible, l'intensité de cette présence, et le grondement rauque qui semblait épouser le rythme de sa course. Roxanne était terrifiée, mais l'adrénaline la maintenait en mouvement.
Des questions tourbillonnaient dans sa tête, mais elle n'avait pas le luxe de s'y attarder. Qui était cette chose ? Que voulait-elle ? Comment pouvait-elle survivre ? Tout cela importait peu face à l'urgence : rester en vie.
La neige avait enfin cessé de tomber, ce qui lui offrait un mince répit. Chaque pas sur le sol glacé la rapprochait du carrefour où elle espérait trouver quelqu'un pour l'aider. Les secours, pensait-elle, ils viendraient ! Elle devait simplement tenir, continuer à avancer malgré la peur qui lui tordait les entrailles et le froid qui engourdissait ses muscles.
Au-dessus d'elle, un craquement sinistre trahit la présence de la créature dans les branches. Le monstre bondissait, suivi de près par la course désespérée de Roxanne. Elle jeta un coup d'œil autour d'elle, mais il était trop rapide, trop furtif pour que ses yeux puissent le saisir. C'était comme si la bête jouait avec elle, un jeu cruel dont l'issue semblait déjà scellée.
Roxanne scrutait chaque recoin du bois à la recherche de la silhouette, d'un signe, d'un mouvement qui lui donnerait une chance de réagir. Mais rien. Seul le vent glacé et le souffle de sa peur accompagnaient sa fuite.
Alors qu'elle essayait de se concentrer sur le chemin, un obstacle surgit soudain sous ses pieds. Trop tard pour l'éviter. Son cri déchira à nouveau l'air :
« Aaaah ! »
Elle tomba lourdement dans la neige, le froid mordant frappant sa peau à nu. La douleur lui arracha un gémissement, mais le pire était encore à venir. Derrière elle, le silence de la forêt était maintenant ponctué de ces grognements profonds, annonciateurs de l'imminence de l'attaque. Roxanne, le souffle coupé, sentit son corps se raidir, ses muscles refusant presque de répondre à ses ordres.
Le bois semblait s'être refermé autour d'elle, chaque arbre une barrière entre elle et la liberté. Les branches basses griffaient ses joues et ses mains, et la neige, autrefois simple obstacle, devenait maintenant un piège. Elle tenta de se relever, ses doigts s'enfonçant dans le manteau glacé, mais l'épuisement la rendait maladroite, presque inutile.
Elle devait se battre, se lever, continuer. Mais ses jambes tremblaient sous le poids de la peur et de la fatigue accumulée. Le grognement se rapprochait, chaque vibration du sol sous les pas monstrueux résonnant comme un tambour funèbre dans sa poitrine. Roxanne sentit l'air se densifier autour d'elle, une présence oppressive qui ne laissait aucune place à l'espoir.
Pourtant, quelque chose en elle refusait de céder. Elle ravala sa terreur, prit une profonde inspiration et se projeta sur le côté, glissant à travers la neige, essayant de gagner quelques mètres précieux. Ses mains cherchèrent un appui, un tronc, une racine, n'importe quoi qui pourrait lui offrir un levier pour se relever. Chaque mouvement était une lutte contre le froid, contre la douleur, contre la panique qui menaçait de la submerger.
Au loin, elle crut entendre un bruit humain, un écho d'espoir. Était-ce réel, ou le fruit de son imagination ? La pensée d'être secourue, même lointaine, suffisait à raviver sa détermination. Elle devait atteindre ce carrefour, toucher ce fil ténu de secours avant que la créature ne la rattrape.
Le grognement se transforma en rugissement, vibrant et profond, et Roxanne sut qu'elle n'avait que quelques secondes avant que l'ombre monstrueuse ne fonce sur elle. Son cœur battait si fort qu'elle sentait chaque pulsation dans ses tempes, chaque battement un rappel cruel de sa vulnérabilité.
Elle roula sur le côté, les mains s'enfonçant dans la neige poudreuse, et se projeta à nouveau en avant, agrippant le sol pour se relever. Le froid mordait ses genoux, ses paumes, mais elle ne pouvait s'arrêter. L'adrénaline coulant dans ses veines lui donnait une force surhumaine, une impulsion nécessaire pour survivre.
Le silence de la forêt, interrompu par ses cris et le fracas des branches, semblait conspirer contre elle, chaque bruit amplifiant la tension, chaque craquement rappelant que le monstre était toujours là, patient, calculateur, attendant le moment parfait pour l'attaquer.
Roxanne, haletante et tremblante, sentit la peur se mêler à une étrange clarté. Elle savait qu'elle devait garder le contrôle, que céder à la panique ne ferait que hâter sa fin. Chaque mouvement devait être précis, chaque respiration un effort calculé pour maintenir son corps en action malgré l'épuisement.
Elle jeta un dernier regard par-dessus son épaule. L'ombre se mouvait avec une fluidité effrayante, trop rapide pour être correctement identifiée, et pourtant chaque fibre de son être lui criait que la créature la talonnait toujours. Roxanne sentit un frisson glacé parcourir sa colonne vertébrale.
Puis, dans un élan désespéré, elle se redressa et courut. Le carrefour n'était plus très loin. Elle le savait. Elle devait juste tenir encore un peu, encore quelques secondes, encore quelques foulées. La peur rugissait dans son esprit, mais la volonté de vivre brûlait plus fort. Chaque pas était une victoire sur l'angoisse, une affirmation de sa détermination à ne pas céder.
Les branches frappaient ses bras, la neige s'infiltrait dans ses bottes, mais Roxanne ne ralentissait pas. Le rugissement derrière elle se rapprochait, mais elle continuait, se frayant un chemin à travers les bois glacés, un mélange de terreur et de courage pulsant dans chaque mouvement, chaque respiration, chaque battement de cœur.
Et dans cette fuite effrénée, un espoir fragile brillait au fond de son esprit : atteindre le carrefour, toucher cette lueur de secours avant que l'ombre ne la rattrape, survivre, malgré tout, contre toute attente.
Le sol glissant sous ses pieds et le froid mordant de l'hiver ne pouvaient pas l'arrêter. Roxanne courait, chaque pas dicté par la peur, chaque souffle par l'espoir, chaque mouvement par le désir farouche de rester en vie.
Et soudain... le monde sembla basculer alors qu'elle heurta l'obstacle qu'elle n'avait pas vu à temps.
« Aaaah ! »
La neige l'engloutit alors qu'elle tombait lourdement, ses mains frappant le sol glacé. Son cœur battait à tout rompre, et derrière elle, l'ombre grondait, prête à conclure sa traque...