Le marbre froid sous mes pieds et l\'odeur de cire m\'ont accueillie dans ce domaine viticole qui aurait dû être le mien. Dix-huit ans de survie dans la misère prenaient fin, mes parents biologiques me regardaient avec une gêne mêlée de curiosité, tandis que Léa, ma demi-sœur, jouait la comédie de la compassion. Puis, une gifle : "Ma pauvre sœur, te voilà enfin. Si tu savais comme j\'ai souffert de savoir que tu vivais dans la pauvreté pendant que j\'avais tout." Elle a tenté de m\'étreindre, mais j\'ai reculé, mon corps refusant ce contact d\'inconnus. "Ne me touche pas," ai-je dit, ma voix plate, ce qui a glacé l\'atmosphère. Leur surprise fut palpable lorsque, face à leurs tentatives maladroites de rachat, j\'ai refusé leur argent, leurs vêtements. "Je veux étudier," ai-je déclaré, les décontenançant. "Je veux aller dans une école de viticulture. Je veux apprendre à faire du vin." Ils pensaient m\'avoir achetée par leur culpabilité. Mais ils se trompaient lourdement. Pour moi, ils n\'étaient qu\'une transaction, une ressource pour atteindre mon unique but : la connaissance. Et ce repas, ce domaine, n' étaient que le début d' un échange où je leur ferai payer chaque centime de ce qu\'ils me devaient, avec précision et sans aucune émotion.
