Livres et Histoires de LAUDINE CARON
L'Affront et la Revanche d'Amélie
Le doux souffle de mon bébé Léo endormi dans mes bras emplissait l'appartement parisien, un havre de paix loin du tumulte de ma maison de mode. C'est là que je l'ai vue, sur Instagram : une jeune femme souriante, assise à mon grand bureau en acajou. La légende m'a giflée : « Un immense merci au meilleur PDG, Marc Dubois, pour sa confiance et son soutien incroyables. Je suis tellement honorée d'avoir ce bureau magnifique pour mon stage ! » Mon sang n'a fait qu'un tour. Ce n'était pas juste un bureau, c'était mon espace, le symbole de tout ce que j'avais bâti, donné à une stagiaire qui s'en vantait ouvertement. Marc, mon mari et associé, a balayé mes protestations d'un soupir agacé: « Tu n'en as pas besoin pour le moment. Ce n'est qu'un bureau, Amélie. Ne sois pas si dramatique. » Il a même osé utiliser Léo contre moi, cette goutte d'eau qui a fait déborder le vase de mon humiliation. Non, ce n'était pas "qu'un bureau" et je n'étais pas "dramatique". C'était un affront, une trahison de notre pacte de respect mutuel, piétiné pour flatter l'égo d'une gamine. Je me suis tue, mais à l'intérieur, la guerre venait de commencer. Le défilé de la collection Croisière, l'événement le plus crucial de l'année, était entre mes mains... ou plutôt, ne l'était plus. Dans le silence, j'ai composé le numéro du directeur du lieu, puis celui de la styliste et de tous nos partenaires clés. « Pour des raisons internes imprévues, le défilé est suspendu jusqu'à nouvel ordre. » Le téléphone de Marc a commencé à sonner, frénétiquement. Il a enfin compris.
Trahi par les Siens
La nuit était tombée, et l'odeur persistante de la porcherie me collait à la peau alors que je rentrais à la maison, espérant un peu de paix. Mais des voix filtrant du salon ont déchiré le silence tendu, des voix familières, celles de Marc, mon mari, et de Kévin, mon fils de huit ans. "Elle pue le cochon. Je n'en peux plus de cette odeur, de cette vie," a craché Marc, son mépris palpable. Puis Kévin, mon propre enfant, a ajouté avec une cruauté glaçante : "Papa a raison. C'est la honte. Je ne veux pas que les copains sachent que ma mère travaille avec les cochons." Un rire léger a suivi, celui de Sophie Moreau, l'amie que j'avais tant de fois accueillie. "Une femme devrait sentir le parfum, pas la ferme." Le monde a basculé quand Marc a évoqué un avenir meilleur avec Sophie, et Kévin a demandé : "Maman Sophie, elle est belle et elle sent bon. Je veux qu'elle soit ma nouvelle maman." Puis Sophie a chuchoté une idée macabre : simuler l'enlèvement de Kévin pour me briser et me faire disparaître à jamais. Un silence assourdissant a suivi, approbation silencieuse de ma belle-mère, Hélène, ma dernière ancre qui venait de me trahir. Les larmes de rage ont coulé sur mes joues, car cette machination n'était pas nouvelle. J'avais déjà vécu cet enfer, dans une autre vie, une vie où cette même mascarade m'avait détruite, m'avait poussée à sacrifier corps et âme pour un fils qui ne m'avait jamais été perdu. Cette fois, non. Cette fois, je ne serais pas leur victime. Dans l'obscurité, un plan a commencé à prendre forme, clair et précis : ils voulaient un enlèvement ? Ils allaient en avoir un. Mais pas celui qu'ils avaient prévu.
L'Illusion Brisée d'Icare
Le jour de mon concours aux Beaux-Arts, l'air était palpable de tension, mes doigts noircis de fusain. Puis mon téléphone vibre. Un message d'un numéro inconnu : « Surtout, ne te présente pas au concours ! » Mon cœur manque un battement : c'est Léo, mon frère disparu depuis trois ans. Chacun le disait lâche, incapable de supporter la pression de nos parents galeristes. Mais moi, je savais qu' il ne m' aurait jamais abandonnée sans une raison valable. Un lien qui nous unissait, une œuvre secrète, "Icare déchu", que nous devions achever ensemble. Quand ma fausse mère a tenté de détruire cette sculpture, dévoilant un piercing inattendu, et que mon faux père n'avait plus sa cicatrice familière, j'ai compris. Ils étaient des imposteurs. Le piège se refermait sur moi, le danger n'était pas le concours, c'était eux. En cherchant de l'aide auprès d'Antoine, le meilleur ami de Léo, j'ai tapé S.O.S. en morse sur ma jambe. Il a simulé une crevaison pour détourner leur attention, me donnant l'occasion de sortir mon téléphone. Mais un message glaçant de Léo est apparu : « ANTOINE EST AVEC EUX. NE LUI FAIS PAS CONFIANCE. » Le monde s'est effondré. Antoine, mon ultime espoir, n'était qu'un autre prédateur dans leur jeu macabre. Face à leur sourire carnassier, ma fuite éperdue a commencé. Les coups à la porte, puis l'alarme, furent ma chance. Je me suis jetée par la fenêtre, agrippée à la gouttière, pour échapper à leur emprise. Un appel. C'était le Docteur Marchand, le psychiatre de Léo. Sa voix calme m'a asséné l'horrible vérité : « Jeanne... Léo est mort. Il s'est suicidé il y a trois ans. » Il m'a dit que mes parents, Antoine, tout n'était que l'illusion d'un esprit traumatisé, prisonnier d' un rêve artificiel. Mon cœur hurlait, refusant cette réalité. Puis, le miracle : un nouveau message de Léo, répondant à ma question la plus intime : « Icare déchu. » C'était lui. Mon frère m' avait tendu une main invisible. Les mots « Saute. C' est un rêve. C' est le seul moyen de te réveiller » prenaient tout leur sens. J'ai fermé les yeux, j'ai fait le pas. Je me suis réveillée, trois ans plus tard, dans un lit d'hôpital, Léo à mon chevet. Le cauchemar était terminé, du moins, le premier. Le monde réel s'annonçait aussi complexe. Antoine, le neurologue, le « soignant », s' est rallié à la famille. Il parlait de convalescence, de trauma, mais j' ai vu clair dans son jeu, en lui posant la question qui brise le voile. « Le problème, Léo, c'est que je n'ai jamais envoyé ce message. » Antoine a pâli, son masque s'est fissuré. Ce n'était pas un coma, mais une simulation, et moi la souris de laboratoire d'un scientifique mégalomane. Alors qu'il tentait de "réinitialiser" mon esprit, la voix de Léo a retenti, brisant son programme, révélant sa vraie nature : un virus numérique, le seul à pouvoir me donner le contrôle. J'ai levé la main, et son monde s'est brisé. Ma liberté, notre « Icare déchu », renaissait des cendres de sa création.
Les Adieux Muets de Jean-Luc
J' étais Jean-Luc Dubois et aujourd' hui, c' était le jour de ma mort. Ma langue avait été coupée, le sang emplissait ma bouche, et les ricanements du criminel résonnaient alors qu' il appelait mon père avec mon propre téléphone. Mes parents, un détective de renom et une médecin légiste brillante, n' étaient pas à ma recherche. Ils accompagnaient mon frère adoptif, Pierre, à son concours de tennis. « Jean-Luc, qu' est-ce que tu fiches ? Le match de ton frère est sur le point de commencer ! » a lancé mon père, impatient, ignorant mes gargouillements désespérés. Ma mère, sa voix cinglante, a ajouté : « Tu fais encore semblant d'être muet ? Peu importe ce que tu as, le concours de ton frère est le plus important aujourd'hui ! » Ils ont raccroché, me laissant mourir seul, ma dernière lueur d' espoir anéantie comme l' écran de mon téléphone brisé. Trois jours plus tard, mon corps défiguré fut découvert, gonflé et méconnaissable. Mes parents sont arrivés, ma mère en robe de soirée, mon père en costume, directement du banquet de célébration de Pierre. Ils ont examiné mon cadavre, ma mère notant mon état sans une once de reconnaissance. Elle a retiré une bague de mon doigt, celle que je leur avais offerte avec nos initiales gravées. Elle l' a rangée comme une simple preuve : « Les initiales à l'intérieur pourraient être une piste. » Pas un regard, pas une émotion. Mon père s'est plaint : « Le tueur n'a pas encore été arrêté. Rappelez à votre famille de faire attention. Vous avez deux enfants, ne les laissez pas sortir seuls la nuit. » Ma mère a rétorqué : « Pierre est toujours obéissant, il ne nous cause jamais de soucis. Mais Jean-Luc, je ne peux pas le contrôler. Il est probablement encore en train de traîner quelque part. » J'étais là, devant eux, haï, ignoré, alors qu'ils marchaient autour de mon cadavre sans me voir. Leurs paroles résonnaient : « Ce n'est pas comme si on l'avait élevé nous-mêmes, ça ne peut pas être pareil. » Lors de mon autopsie, ma mère a caressé mes cheveux, murmurant : « Il est mort si horriblement. Sa famille doit être si triste. » Ma famille ? Ma famille, c' est vous, et vous ne voyez rien. Pourquoi cette douleur ? Pourquoi ces larmes tardives ? Ce n' est que lorsque les résultats ADN sont tombés, confirmant que le corps était bien celui de "Jean-Luc Dubois", que leurs masques sont tombés. « Jean-Luc ? C'est impossible ! » a crié ma mère, s' effondrant. Sur les lieux du crime, une pièce sordide, mes parents ont découvert le carnet du tueur, rempli de photos de Pierre. Il n' avait pas cherché Jean-Luc, mais Pierre, leur précieux Pierre. « La victime est votre fils, Jean-Luc Dubois. » Une vérité brutale, mais que va révéler cette mort ?
La Vérité Dévoilée
Mon mariage avec Clara était un carcan doré depuis trois ans, régi par sa mystérieuse « période de discipline » qui interdisait tout contact physique. Architecte dévoué, j' avais tout accepté par amour, cuisinant pour elle, gérant la maison, espérant que cette phase absurde s' achèverait enfin. Je croyais en sa pureté spirituelle, en la profondeur de ses sentiments, m' accrochant aux souvenirs de notre passion passée, persuadé que mes sacrifices en valaient la peine. Puis, l' urgence à l' Hôtel Impérial a tout brisé. Au milieu du chaos de l' incendie, j' ai vu Clara. Non pas seule, mais main dans la main d' un homme prospère, et, pire encore, serrant contre elle une petite fille de trois ans qui l' appelait "Maman" . Tout mon monde s' est effondré dans un silence assourdissant, la trahison brutale éclatant sous mes yeux. Leurs regards se sont croisés dans la foule paniquée, et dans les siens, je n' ai vu ni honte ni surprise, juste une froide contrariété, comme si j' étais un intrus gâchant sa soirée. Malgré la douleur déchirante, j' ai dû continuer mon travail, chaque instruction un effort surhumain pour ne pas hurler face à la destruction de ma propre vie. Elle est rentrée tard, comme si de rien n' était, osant même me proposer d' adopter cette enfant, Sophie, brisant mon cœur en mille morceaux. Quand je l' ai confrontée, elle a soupiré, exaspérée, me jetant à la figure son mépris pour mes "choses charnelles" , me comparant à Marc, cet homme qu' elle prétendait n' être qu' un "ami spirituel" . Dans notre propre maison, ma chambre était devenue la leur, mon cœur brisé était jeté en pâture. Ce matin-là, la voyant rire avec cette enfant et cet homme, une rage froide a éclaté en moi. Les règles, les mensonges… tout cela n' existait que pour moi. Le souffle coupé, j' ai poussé la porte de notre chambre, le cœur vidée de toute émotion sauf une décision inébranlable. « Je veux le divorce, » ai-je lancé, marquant le début de la fin de cette farce cruelle.
Elle n'était Plus une Étape
La lampe de chevet éclairait à peine la chambre, et pourtant, dans cette semi-obscurité, je voyais le vide entre Kyle et moi, un vide que nos corps tendus ne parvenaient pas à combler. Puis, alors que je pensais qu'il dormait, j'ai entendu son souffle lourd briser le silence, suivi d'un murmure glaçant : « Carole... ». Mon sang s'est figé. À travers l'entrebâillement de la porte, j'ai vu Kyle, le corps voûté, le visage tordu par un mélange de désir et de douleur, tenir une photo de cette femme, qu'il appelait avec une satisfaction obscène. Le contraste était brutal : avec moi, il était bloqué, distant ; avec elle, il était volcanique. Le désespoir m'a envahie, la terrible vérité s'est imposée : je n'étais qu'un "pis-aller", une auberge de passage sur sa route. Comment avais-je pu être aussi aveugle, croire à ses promesses, servir de pansement à ses blessures pendant des années ? Mais une étincelle s'est allumée dans ce cœur en miettes. C'en était fini de la Juliette naïve et soumise. J'allais partir, quitte à épouser le mystérieux Alan Moore, défiguré dit-on, pour fuir cet enfer.
Le Masque du Spectre : Une Addition Salée
Pour offrir à mon fils Léo une place dans un prestigieux atelier d'art, j'ai usé de mon influence en tant que "Spectre", mécène anonyme. J'ai prêté une sculpture inestimable, une pièce maîtresse de ma collection familiale, pour assurer son rêve. Pourtant, Léo est rentré en larmes : sa place lui avait été volée par un autre garçon dont le père avait payé. J'ai découvert sur place que l'homme qui avait tout acheté, Antoine, l'amant de ma femme Camille, détenait une carte noire. Mon sang s'est glacé en reconnaissant la carte additionnelle que j'avais donnée à ma propre épouse. Comment ma femme pouvait-elle utiliser MON argent pour trahir notre fils, et avec son propre amant, puis m'humilier publiquement ? Quand Camille est arrivée, elle m'a renié devant tout le monde, me faisant passer, moi et notre enfant, pour des harceleurs. Elle a choisi son amant, nous laissant face à la foule déchaînée, prêts à être jetés dehors comme des parias. Juste au bord du désespoir, le masque est tombé : devant ma femme et son amant, devant la foule qui riait, j'ai révélé qui j'étais vraiment. J'ai montré à tous que l'homme en jean, le "Spectre", et le propriétaire de la Fondation Dubois n'étaient qu'un, et que l'addition salée de cette trahison était sur le point d'être réglée.
Renaissance au Domaine: Une Seconde Chance pour Amélie
Le jour de ma mort, j'avais consacré quarante ans à élever le Château Delacroix et son maître, Julien, au sommet du monde viticole. Mais, sous la pluie froide de Bordeaux, Julien, mon mari, m'a jetée : « Tu n' as jamais été qu' un substitut, Amélie. Maintenant, tu peux partir. » Il m'a déshéritée, me chassant de ma propre vie et de mon domaine. Mon cœur s'est brisé, littéralement, la douleur m'a suffoquée alors que je m'écroulais sur le sol en chêne que j'avais poli. La dernière image fut son regard vide, avant que l'obscurité ne m'engloutisse. Comment tant de dévouement, tant d'amour, pouvaient-ils aboutir à une telle cruauté, à être réduite à un simple "substitut" ? Pourquoi cette trahison glaciale après avoir bâti tout son empire ? Ma vie s'achevait dans l'abandon, le pourquoi de son cœur impitoyable restait un mystère. Puis, une lumière aveuglante. Je me suis réveillée, jeune, mes mains lisses, dans ma chambre d'autrefois. Le calendrier affichait mon vingt-cinquième anniversaire, le jour exact du destin. J'étais revenue. J'avais une seconde chance pour me relever, réécrire l'histoire, et cette fois, plus rien ne serait pareil.
