Ma peau était moite sous le manteau, seul signe extérieur de ma nervosité. Je me tenais droite et fière, mais intérieurement, j'étais complètement défaite.
Je n'arrivais pas à croire que je faisais ça. Il n'était pas trop tard pour faire demi-tour ; je n'étais pas encore entrée. Mais je savais que je ne le ferais pas. C'était quelque chose que je voulais faire depuis longtemps.
Comme j'avais vécu toute ma vie dans la petite ville de Greenport, dans l'État de New York, je n'avais jamais eu l'occasion de le faire jusqu'alors. Eh bien, ce n'était peut-être pas tout à fait exact. J'avais déménagé à New York deux ans plus tôt, dans le cadre d'un transfert universitaire, mais ce n'était que maintenant que j'avais trouvé le courage de venir ici.
La plupart du temps, j'étais une vraie trouillarde. Je pouvais au moins l'admettre. Je n'avais jamais été le genre de fille fonceuse, qui fait ce qu'elle veut, se fout de l'opinion de tout le monde et des conséquences. Le genre de fille qui ne se faisait jamais remarquer, calme et discrète, et qui ne se poussait jamais hors de ses limites ? Oui, ça me ressemblait beaucoup plus.
Là, pourtant, c'était un immense « ET PUIS MERDE ! » en lettres capitales dans ma tête, et j'en étais fière.
Les videurs me regardaient, se demandant sans doute si j'allais entrer ou non. Il était probablement temps que je me bouge ; j'étais restée plantée là bien trop longtemps.
Alors que je faisais un pas en avant, l'un des hommes m'a arrêtée d'une main. « Pièce d'identité. »
J'ai sorti ma carte d'étudiante, veillant à la lui tendre d'une main ferme. Je ne voulais pas qu'ils découvrent à quel point j'étais nerveuse.
Une minute plus tard, il m'a rendu la carte. « Avez-vous respecté le code vestimentaire ? », m'a-t-il demandé.
« Oui. » Il m'avait été difficile de décider quoi porter, mais à la dernière minute, j'avais retrouvé une tenue qu'une amie m'avait offerte pour plaisanter. Elle n'avait probablement pas imaginé que je m'en servirais dans ce but.
« Je dois le vérifier », a dit le videur tout en désignant d'un signe de tête mon corps dissimulé sous un long manteau.
Merde, je n'étais pas prête à me séparer de cette protection si tôt.
Les épaules droites, j'ai déboutonné mon manteau, révélant peu à peu la lingerie noire que je portais en dessous jusqu'à la dévoiler complètement. Le corset était serré comme une seconde peau, mettant en valeur ma silhouette en sablier, avec une poitrine généreuse, des fesses rebondies et une taille plus fine. Un porte-jarretelles attirait l'attention sur mes cuisses un peu fortes. Et les stilettos à bout ouvert allongeaient mes jambes et leur donnaient une allure plus sensuelle.
Les hommes ont été polis, se contentant d'un rapide coup d'œil avant de se tourner pour m'ouvrir la porte. Je ne savais pas si j'étais déçue ou non tandis que je m'éloignais d'eux. « Je ne suis donc pas assez jolie pour mériter un second regard ? », me suis-je demandé. Mais après tout, j'étais sûre qu'ils avaient l'habitude de voir des corps de femmes et que leur travail consistait notamment à ne pas mettre mal à l'aise les membres actuels comme potentiels.
J'ai eu l'impression de transgresser un interdit lorsque j'ai franchi le seuil du club, comme si j'entrais dans un monde entièrement nouveau et, en un sens, c'était le cas.
J'entendais le rythme lent de la musique, séduisant et provocant, par-dessus le murmure des conversations. Mon cœur battait à cent à l'heure, mais je ne le laissais toujours pas paraître. J'étais une femme sûre d'elle et sexy, qui assumait pleinement ses désirs. Si je me le répétais assez souvent, peut-être finirais-je par le croire.
Depuis le début de mon éveil sexuel, j'avais toujours été timide, hésitante et certainement pas sûre de moi. J'étais plutôt une fille maladroite qui ne savait pas quoi faire. Sans aucun petit ami à mon actif et avec seulement des coups d'un soir sous l'effet de l'alcool, j'avais du mal à me sentir assez à l'aise pour lâcher prise et prendre du plaisir.
Le moment était venu d'explorer ce qui m'excitait vraiment, un fantasme que je nourrissais depuis que j'avais compris que je voulais autre chose que du sexe vanille. Voilà pourquoi je me retrouvais maintenant dans un donjon BDSM. Malgré toute cette tension, je ressentais encore des frissons d'excitation.
Ma curiosité l'emportait sur ma nervosité.
« Bienvenue au Desire's Den », a dit une magnifique brune, grande et mince, installée derrière un comptoir juste à côté de l'entrée.
« Bonjour, j'ai entendu dire que vous organisiez une journée portes ouvertes aujourd'hui, c'est bien ça ? », ai-je demandé, maudissant intérieurement ma voix tremblante.
Elle m'a détaillée de haut en bas, et le jugement se lisait clairement dans ses yeux. « Oui, c'est bien le cas. Je vais prendre votre veste et vous conduire à l'un des hôtes de ce soir. Il ou elle vous fera visiter les lieux et répondra à toutes vos questions. Oh, et j'aurai aussi besoin de votre téléphone. Nous tenons à la vie privée de nos membres et n'autorisons aucune photo ni vidéo. Ce n'est qu'une mesure de sécurité. »
J'ai abandonné à contrecœur ma couverture rassurante, me sentant soudain nue, debout en sous-vêtements et talons hauts pour seuls vêtements. La fraîcheur soudaine m'a donné la chair de poule. J'ai eu envie de couvrir mes seins de mes mains, même si je ne dévoilais rien en réalité, au point de devoir me forcer physiquement à garder les bras le long du corps.
La femme s'est tournée vers moi aussitôt après avoir accroché mon manteau. « Très bien, suivez-moi. »
Elle m'a fait descendre l'escalier et traverser un couloir. La musique devenait plus forte à chaque pas, tandis que mon cœur s'emballait davantage.
« Je suis vraiment en train de faire ça », ai-je pensé tandis que je suivais la belle brune. Je n'arrivais pas à y croire ; j'avais l'impression de rêver. Mes talons claquaient au rythme de mes pas ; c'était le seul bruit que je faisais.
Le couloir n'était pas très long et presque dépourvu de meubles, même si quelques photos intrigantes ornaient les murs. Au bout du couloir se trouvait une autre porte, faite du même chêne sombre que celle de l'entrée. Alors que la femme frappait une fois, deux fois, trois fois, j'ai dû raidir les genoux pour les empêcher de trembler.
C'était ça : la première fois que je verrais de mes propres yeux un vrai donjon.