Ses doigts tremblaient légèrement alors qu'elle agrippait les draps. Elle avait froid. Un froid qui ne venait pas seulement de son corps, mais de quelque chose de plus profond. Quelque chose qu'elle avait ignoré pendant trop longtemps.
Un rire faible, presque inaudible, s'échappa de ses lèvres pâles.
- Évidemment...
Pourquoi serait-il là ?
Il n'avait jamais été là.
Pas vraiment.
Ses paupières s'alourdirent un instant, et les souvenirs revinrent, implacables.
Le jour de leur mariage.
Elle se revoyait encore, debout devant le miroir, les mains légèrement tremblantes, le cœur battant trop vite sous sa robe blanche. Elle était nerveuse... mais heureuse.
Parce qu'elle l'aimait.
D'un amour sincère. Silencieux. Profond.
Elle s'était accrochée à cet amour comme à une promesse. Comme à un futur.
Mais lui...
Lui n'avait jamais souri.
Pas ce jour-là.
Pas le lendemain.
Pas une seule fois pour elle.
Avalina déglutit difficilement, une douleur vive remontant dans sa gorge.
Même maintenant... même à l'agonie... elle pensait encore à lui.
Pathétique.
Ses lèvres tremblèrent légèrement.
Les regards de sa belle-famille lui revinrent en mémoire. Froids. Tranchants. Remplis de mépris.
Elle se souvenait de chaque remarque.
Chaque humiliation.
Chaque sourire faux.
"Elle n'est pas à la hauteur."
"Ce mariage est une erreur."
"Il méritait mieux."
Et pire encore...
Elle.
Toujours elle.
Le premier amour de son mari.
Une ombre omniprésente.
Dans chaque silence.
Dans chaque comparaison.
Dans chaque regard qu'il refusait de poser sur elle.
Avalina inspira difficilement, sa poitrine se soulevant à peine.
- J'aurais dû partir...
Mais elle ne l'avait pas fait.
Parce qu'elle avait espéré.
Espéré qu'un jour, il la regarderait autrement.
Qu'un jour, il la verrait.
Qu'un jour... il l'aimerait.
Une larme glissa lentement le long de sa tempe.
Quelle ironie.
Elle qui avait tout donné... finissait seule.
Un bruit de pas résonna enfin dans le couloir.
Son cœur, malgré tout, réagit.
Un battement.
Puis un autre.
Plus rapide.
Plus douloureux.
La porte s'ouvrit.
Et il entra.
Toujours impeccable.
Toujours distant.
Comme si rien n'avait changé.
Comme si elle n'était pas en train de mourir.
Les yeux d'Avalina s'illuminèrent faiblement.
- Tu... es venu...
Sa voix n'était qu'un souffle.
Il s'arrêta à quelques pas du lit.
Sans s'approcher.
Sans la toucher.
Sans émotion.
- Le médecin a appelé, dit-il simplement.
Pas "comment te sens-tu".
Pas "je suis là".
Juste ça.
Avalina le regarda longuement.
C'était donc ça... la fin.
Elle esquissa un sourire brisé.
- Je vais... mourir.
Le silence tomba entre eux.
Lourd.
Glacial.
Puis il détourna légèrement le regard.
- Repose-toi.
Ces deux mots furent le coup final.
Quelque chose en elle... céda.
Pas son corps.
Pas son souffle.
Mais son cœur.
Son amour.
Tout ce qu'elle avait gardé vivant pour lui... venait de s'éteindre.
Enfin.
Ses yeux perdirent peu à peu leur éclat.
Mais cette fois... elle ne pleurait plus.
Elle comprenait.
Tout.
Elle n'avait jamais été son choix.
Seulement une option.
Un devoir.
Une présence tolérée.
Rien de plus.
Sa respiration devint irrégulière.
Faible.
Presque inexistante.
- Si... j'avais une autre chance...
Il ne répondit pas.
Bien sûr qu'il ne répondit pas.
Ses lèvres tremblèrent une dernière fois.
- Je ne t'aimerais plus...
Ses doigts se relâchèrent lentement.
Le silence envahit la pièce.
Et dans ce lit trop grand...
Avalina mourut.
Seule.
Abandonnée.
Oubliée.
.....
Un battement.
Puis un autre.
Lent.
Lointain.
Puis plus fort.
Plus rapide.
Plus violent.
L'air s'engouffra brusquement dans ses poumons.
Avalina ouvrit les yeux d'un coup.
Son corps se redressa violemment, comme arraché à l'obscurité.
Elle inspira profondément.
Encore.
Encore.
Vivante.
Ses mains se posèrent sur sa poitrine, tremblantes.
Son cœur battait.
Fort.
Trop fort.
Ses yeux parcoururent la pièce.
Différente.
Familière.
Impossible.
Son souffle se coupa.
- ...Non...
Sa voix était claire.
Vivante.
Ses doigts touchèrent son visage.
Sa peau.
Chaud.
Réel.
Ses yeux s'écarquillèrent.
Le miroir en face d'elle.
Son reflet.
Plus jeune.
Intact.
Avant...
Avant tout.
Une vague glaciale traversa son corps.
Puis une chaleur.
Violente.
Brûlante.
Ses souvenirs.
Tous.
D'un coup.
Sa mort.
Sa solitude.
Son mari.
Son indifférence.
Ses regrets.
Tout revint.
Sans filtre.
Sans pitié.
Avalina se figea.
Puis, lentement...
Ses yeux changèrent.
Ce n'était plus les yeux d'une femme qui espère.
C'était ceux d'une femme qui a compris.
Qui a perdu.
Qui ne perdra plus jamais.
Ses doigts se resserrèrent sur les draps.
Son souffle se stabilisa.
Et pour la première fois...
Elle ne ressentait plus d'amour.
Plus de douleur.
Plus d'attente.
Seulement...
Du vide.
Un vide calme.
Maîtrisé.
Dangereux.
Ses lèvres s'entrouvrirent légèrement.
Et dans un murmure froid, presque imperceptible, elle déclara :
- Cette fois...
Un silence.
Puis ses yeux se durcirent.
- Je ne serai plus celle que vous avez brisée