Je fonçai, frappai l'un d'eux au visage tout en donnant un coup de coude à l'autre. Au moins, cette technique permettant de faire face à plusieurs adversaires, apprise pendant mon entraînement au combat, me servait à quelque chose.
L'un des voyous plongea sa main dans sa poche pour en sortir quelque chose. Je hurlai :
- Courez !
Mais elle semblait désorientée, à peine capable de tenir debout, me dévisageant d'un regard vide, comme un lapin pris dans les phares d'une voiture.
Tout en gardant un œil sur elle et sur les abrutis qui se relevaient, je remarquai qu'un des deux brandit un pistolet. Il tira, me manquant de peu, juste au moment où je lui donnais un coup de pied pour lui faire lâcher l'arme. Je me jetai alors sur lui, le plaquant au sol.
L'autre type intervint, et avant que je n'aie réalisé, les deux étaient sur moi.
La fille cria tandis qu'un autre costaud arrivait, essayant de l'entraîner de nouveau.
Alors que je l'envoyais au tapis, la paire d'idiots me sauta dessus.
Coup après coup, je réussis finalement à me dégager pour aller l'aider.
Un des voyous se releva et se dirigea vers nous, armé d'un pistolet. Je saisis la taille de la fille, elle était dans un tel état que ses jambes refusaient de lui obéir.
Avec son souffle haletant sur mon visage, je sprintai, manquant de percuter des gens dans une rue proche. Heureusement, le dédale de petites ruelles nous aida à semer les hommes en noir.
Me voilà, de retour chez moi et toujours en train de fuir l'ennemi. La ville s'avérait aussi dangereuse qu'un village caché en Afghanistan.
Les longs cheveux noirs de la fille me fouettaient le visage alors qu'elle se débattait dans mes bras pour se libérer. Son sac traînait au sol.
- Accrochez-vous, d'accord ?
Pour quelqu'un qui venait d'être droguée, c'était une vraie tigresse.
Je m'engouffrai à l'arrière d'un restaurant et entrai dans une cuisine où un chef et son commis levèrent les yeux vers nous, attrapant leurs téléphones, alors que je levais les mains pour les apaiser.
- C'est une longue histoire. Je viens de la sauver de sales types.
Je la déposai et, malgré sa légèreté, son état la rendait lourde. Droguée jusqu'aux oreilles, elle vacillait sur ses jambes instables et était sur le point de s'effondrer quand je la plaçai délicatement en position assise contre le mur.
Je sortis quatre billets de cinquante livres de mon portefeuille, le seul argent liquide que j'avais sur moi, et les posai sur le comptoir.
- Tenez, pour le dérangement. Laissez-nous juste attendre ici quelques minutes.
Fixant l'argent les yeux écarquillés, ils acquiescèrent en silence.
J'aurais bien appelé la police, mais je ne connaissais pas l'histoire de cette fille.
Je l'aidai à s'asseoir sur une chaise, la tenant pour éviter qu'elle ne s'effondrât comme une masse. Ses bras étaient couverts de bleus, et des traînées noires barraient ses joues, là où son maquillage avait coulé.
- On dirait qu'elle a passé une soirée mémorable, commenta le chef en haussant un sourcil.
Je lui lançai un regard noir.
- Occupez-vous de votre travail.
Je retirai ma veste et l'enroulai autour d'elle. Son sac tomba de son épaule et je remarquai une enveloppe avec de l'argent dedans. En refermant le sac, je me demandais si quelqu'un avait payé pour ses services et si elle tentait de fuir. Avec ce corset révélant une bonne partie de sa silhouette voluptueuse, il n'était pas difficile de deviner son métier.
Mais je n'étais pas là pour juger. J'étais là pour l'aider à s'échapper, et c'était exactement ce que j'avais fait.
Alors pourquoi étais-je là, à essayer de comprendre ce que je devais faire ensuite ?
L'aidant à se lever, je la rassurai :
- Nous devrions pouvoir partir maintenant.
En l'aidant, je découvris pour la première fois ses bas déchirés et ses pieds nus.
- Vous n'avez pas de chaussures ?
Elle secoua la tête, croisant les bras sur sa poitrine, ce qui attira mon attention sur un décolleté qui, en temps normal, aurait accéléré mon pouls.
Mais ce n'était pas le moment de se laisser aller à l'excitation. Ma bite avait d'autres idées, et malgré cette réaction primaire regrettable, le sexe était la dernière chose à laquelle je pensais.
Le chef et son assistant, bien que dévoués à leurs tâches, continuaient de nous observer. Je supposais que nous devions avoir l'air bizarre : moi, le visage contusionné, tenant une belle femme droguée comme si je l'avais ramassée dans la rue pour des mes propres besoins douteux.
- Par ici.
Je passai mon bras autour de sa taille, et nous quittâmes la cuisine. Après quelques pas prudents dans l'obscurité de la ruelle, dissimulés derrière une benne à ordures qui sentait le poisson pourri, je constatais que nous avions semé les voyous.
Tenant fermement sa taille, je m'arrêtais de marcher.
- Où habitez-vous ?
- Nulle part, murmura-t-elle.
Je me tournais vers elle, toujours en la tenant.
- Quelles drogues avez-vous prises ?
- Je ne sais pas.
Je fronçais les sourcils.
- Vous avez pris quelque chose sans savoir ce que c'était ?
Elle ferma les yeux, comme si elle essayait de se souvenir de quelque chose. Son visage avait désespérément besoin d'être nettoyé, je la tins d'une main et, fouillant dans ma poche, sortis un mouchoir.
- Ne me touchez pas !
Elle me repoussa et tituba en arrière, atterrissant sur les fesses, par terre, entourée de ses bras. Elle me regarda avec peur avant de fermer à nouveau les yeux.
Je me penchai pour l'aider à se relever.
- Je n'allais pas vous faire de mal. Je voulais vous essuyer le visage. Votre maquillage a coulé.
Elle cligna des yeux à plusieurs reprises, comme pour essayer de chasser quelque chose.
- Je pensais que vous étiez l'un d'eux.
- L'un de qui ?
- C'est une longue histoire.
Elle soupira, s'affaissant à nouveau, alors je dus la soutenir.
- Je veux juste dormir.
Ne sachant pas quoi faire d'elle dans cet état, je ne pouvais pas la laisser seule ici. Pas comme ça.
- D'accord. Je vais vous réserver un hôtel.
- Je peux dormir chez vous ? chuchota-t-elle. Sur le canapé.
Sa tête tomba sur mon épaule, et elle ferma les yeux.
Résigné au rôle de protecteur pour la nuit, je la portai jusqu'à ma voiture, son corps inerte semblable à une poupée de chiffon.
Avec mon bras autour de sa taille et sa tête, son corps serré contre moi, nous marchions le long de la rue principale jusqu'à l'endroit où j'avais garé la voiture. Certaines personnes nous lancèrent des commentaires désobligeants, tandis que d'autres nous pointaient du doigt et riaient. À ce stade, je me fichais de ce qu'ils pensaient.
Quand nous arrivâmes chez moi, elle dormait profondément.
Allongée sur la banquette arrière, elle ressemblait à une version érotique de la Belle au bois dormant, ses longs cheveux de jais encadrant ses traits délicats et ses lèvres entrouvertes.
Serrant ma veste contre elle, elle était enfin paisible.
Bien que j'hésitais à la réveiller, la laisser dans la voiture n'était pas une option.
J'ouvris la portière de la voiture et la soulevai dans mes bras.
- Où est-ce que je suis ? Qu'est-ce qui se passe ? souffla-t-elle dans mon oreille.
- Je vous emmène juste en haut des escaliers, devant la porte. Pouvez-vous marcher ?
Ses jambes tremblaient tellement que je dus la porter.
Avec sa tête appuyée contre mon épaule, c'était le plus proche que j'aie été d'une femme depuis des mois, et sentir sa peau chaude et douce contre mon cou me fit un drôle d'effet. J'essayais de penser à autre chose qu'à son corps sur la banquette arrière, avec ces courbes sensuelles qui normalement me tiendraient éveillé toute la nuit.
Mais alors qu'elle se reposait dans mes bras, ces sensations s'accrochaient à moi, faisaient monter mon sang, une réaction physique difficile à dissiper, même malgré mes bonnes intentions.
Nous arrivâmes enfin à l'entrée de la maison familiale à Mayfair, où mon père résidait habituellement. Sachant que j'avais besoin de l'espace, il avait libéré les lieux pour mon retour, ce dont je lui étais reconnaissant. Je n'étais pas encore prêt à passer du temps en famille.
Ça, ce serait pour le lendemain.
Pour l'instant, je devais m'occuper de cette travailleuse du sexe droguée.
Je l'aidais à entrer dans le salon et à s'installer sur le canapé, où elle s'affala lourdement.
Je jetai un coup d'œil à ma montre. Minuit.
Quand je revins avec une bouteille d'eau, je la trouvais profondément endormie, alors je saisis une couverture et la déposai sur elle.
Je réalisai soudain qu'elle aurait besoin de vêtements. Je me dirigeai vers la chambre que ma sœur utilisait habituellement et, fouillant dans les placards, je trouvai un legging, un pull, des chaussettes et des baskets. C'était étrange de fouiller dans ses sous-vêtements, principalement composés de soutiens-gorge en dentelle et de strings. Je me contentais d'une culotte en coton et d'une brassière. La poitrine de cette fille était beaucoup trop volumineuse pour pouvoir porter les soutiens-gorge de ma sœur.
Je pris une douche et observai les ecchymoses sur mon visage, mes bras et mes épaules.
Recevoir des coups était au moins une chose à laquelle j'avais été entraîné.
Ce que les forces armées ne nous avaient pas appris, cependant, c'était comment gérer les conséquences des blessures, de la mort, et de voir des hommes physiquement puissants tomber au sol en pleurant comme des bébés.
Je me réveillai à sept heures, et bien que mon corps fut endolori, je sautai du lit, me demandant si j'avais rêvé de la demoiselle en détresse que j'avais sauvée. Vu mon érection, je pouvais seulement supposer que c'était un rêve érotique tordu. Tordu parce que j'aurais pu me passer de toute cette putain de violence.
En entrant dans le salon, un corset, une culotte en soie et des bas résille déchirés au sol confirmaient que la femme qui avait envahi mes pensées était bien réelle.
J'allai dans la salle de bain et sur le miroir, elle avait écrit « Merci ! » avec du rouge à lèvres.
Déçu de la voir partie, je voulais connaître son histoire, pourquoi elle était avec ces hommes dangereux, et pourquoi j'avais failli mourir pour elle.