Oser n'est pas un pĂ©chĂ©; fantasmer sans oser en est un. LunaââŸâ
Il se fait tard et Luna n'est toujours pas rentrĂ©e chez elle. Pour une fois, rentrer chez elle ne faisait pas partie de ses plus grand dĂ©sir. Elle se dit que peut-ĂȘtre si elle reste un peu plus, elle oubliera cette journĂ©e stupide qui l'a laissĂ©e avec un morceau de cĆur en moins.
Elle doit faire un choix, un choix qui ne perturbera personne, un choix qui l'aiderait Ă se dĂ©monstrer qu'elle est plus que ce que les gens pensent d'elle et qu'elle donne l'impression d'ĂȘtre; mais lequel?
Perdue dans le monde flou de ses pensées, elle regardait venir un homme qui lui semblait familier et retourna rapidement son regard en s'apercevant que celui-ci le regardait aussi. Aussi rapidement qu'elle se détourna, elle lui fit face maudissant intérieurement cette faiblesse éphémÚre qui lui fit se détourner.
-Bonsoir.
Elle engagea la conversation la premiÚre. Cherchant bien à faire valoir sa force de caractÚre et sa curiosité.
-Bonsoir.
-Pourquoi me regardez-vous ainsi?
Sans mĂȘme lui laisser le temps de rĂ©pondre, elle lui posa une autre question.
-Avez-vous l'impression de me connaĂźtre?
-Je ne vous regardais pas. Il se peut. Cet homme, se dit-elle, est différent.
-Tu es une ancienne de mon lycée, n'est-ce pas? -Il se peut.
Ils se présentÚrent et commencÚrent à discuter; elle avait l'impression que ce dernier la connaissait plus qu'il le laissait entrevoir mais loin de la mettre en garde elle l'incitait à connaitre cet homme un peu plus.
Tout c' qu'il disait, elle le changait en sa maniĂšre. Tout c' qu'elle faisait, il lui donnait un nom ou faisait une comparaison. Ils jouaient Ă un jeu dont aucun d'entre eux n'ignorait l'ampleur.
-J'ai l'impression que tu ne veux plus partir-dit-il.
-Ta présence m'est bénéfique et tes paroles d'origines douteuses m'enchainent comme un étang au milieu d'une terre désséchée-pensa-t-elle alors qu'elle se contentait de sourire.
Il l'ennuya encore pour sa coiffure et lui vola quelques sourires de plus. Faible aprÚs cette toride journée, le corps de la jeune femme craqua sous l'emprise du charme de ses mots ; elle sentait déjà que le corps de cet inconnu l'attirait comme un aimant et faisait des efforts pour ne pas lui répondre.
Quand l'heure sonna pour cendrillon de partir, elle s'en alla non sans souhaiter de rencontrer encore une fois cette créature qui en elle a réveillé une douce flamme; mais contrairement à elle, elle ne laissa rien qui puisse permettre au prince charmant de la rechercher.
Tel le gentleman qu'il est il le conduisit jusqu'Ă ce qu'elle prenne un taxi. Sur le chemin, il continuait Ă lui parler et elle, continuait Ă rĂ©vasser. ArrivĂ©e Ă la station, elle regretta ce moment qui allait prendre fin mais son bonheur Ă©tait telle qu'elle fit la sourde oreille Ă son cĆur qui continuait Ă pleurer.
-Au revoir Jefferson!
-Au revoir Luna.
Elle se retourna pour le voir, sauvegarder son image au cas oĂč ils ne se recroisent point, et Ă sa grande surprise il fit de mĂȘme, il sourit quand il la vit le regarder; elle lui sourit et d'un geste de la main mis fin Ă cette exquise rencontre.
-Il est canon ce Jefferson!
-Pardon? -Répond le chauffeur.
-Euh..non...pas vous.
Il la regarda dans le rĂ©troviseur puis hocha la tĂȘte.
-D'accord.
DĂšs cet instant, la perception de Luna sur les sentiments changea de direction. Il fallait pour l'amour beaucoup pour se rechauffer mais qu'en est-il de la passion si forte qu'un humain puisse sentir pour quelqu'un ou quelque chose d'autre? Cette question ne cessait de hanter Luna quand elle parlait au jeune Jefferson.
Une flamme peut-ĂȘtre. Mais rien ne prouve que cette flamme aussi proche de l'amour soit-elle puisse ĂȘtre autre qu'une attirance animĂ©e par le sentiment de rejet causĂ© par la tromperie de l'ĂȘtre aimĂ© et Ă qui on faisait confiance aveuglement.
Ces genres de flamme-se dit-elle- sont trĂšs destructrices et surtout quand le cĆur et le bonheur d'une personne sont en danger et dans ce cas-ci plus que son cĆur et son bonheur, c'est sa rĂ©putation qui est l'enjeu.