Le bruit familier de la clé dans la serrure, celui de Marc rentrant à la maison, a fait sursauter Jeanne, le téléphone de son petit ami encore vibrant dans sa main. L'écran affichait un message qui venait de pulvériser quatre ans de sa vie : « Mon amour, quand est-ce que tu la quittes enfin ? J' en ai marre d' attendre. » La signature ? "S", comme Sophie, sa demi-sœur, celle-là même qui s'apprêtait à épouser Paul Moreau, l'héritier d'une des plus puissantes familles parisiennes. Le cœur de Jeanne battait à rompre, la nausée la submergeant alors que Marc tentait de l'embrasser, ignorant superbement le cataclysme qu'il venait de déclencher. Son sourire forcé s'est figé en découvrant l'écran, laissant place à une panique vite dissimulée derrière une fausse indignation : « Tu fouilles dans mon téléphone maintenant ? » Jeanne, muette, le regardait, voyant enfin le lâche et l'hypocrite sous le masque du charmeur. Elle a claqué la porte de l'appartement, laissant derrière elle les mensonges et la trahison, mais aussi l'énorme injustice de sa vie. Pourquoi sa demi-sœur Sophie, protégée et aimée, avait-elle tout, y compris celui qu'elle croyait être son homme, tandis qu'elle-même, toujours négligée, recevait cette ultime humiliation ? Mais ce n'était plus une question de chagrin, c'était une question de justice. Elle a composé un numéro qu'elle n'aurait jamais dû avoir : celui de Paul Moreau. « Monsieur Moreau, je suis Jeanne Dubois. La demi-sœur de votre fiancée. Je crois que nous devons parler. »
