La musique du gala s'est arrêtée net, assourdissante dans ma tête, au moment où Chloé, ma demi-sœur, est apparue sur scène. Elle souriait, triomphante, vêtue d'une robe qui était une copie parfaite de mon design le plus intime. À ses côtés, Antoine, mon ancien apprenti, applaudissait avec un enthousiasme qui me donnait la nausée. C'était mon défilé, le couronnement de mes années de travail acharné, et ils venaient de me le voler. Je me suis sentie vide, transparente, mon cœur brisé par cette trahison orchestrée par les trois personnes en qui j'avais le plus confiance. Puis, j'ai croisé le regard de Pierre, mon mentor, mon père spirituel. Son sourire n'était que pour Chloé, effaçant des années de confiance et de soutien. Le monde s'est effondré autour de moi. Quelques jours plus tard, dans l'atmosphère froide d'une réunion, Antoine a déclaré, la voix tremblante mais ferme : « Léa, je suis désolé pour ce qui s'est passé. Mais je dois penser à mon avenir. Chloé m'a fait une offre que je ne peux pas refuser. Je serai son bras droit, son designer en chef. » Un avenir construit sur les ruines du mien, un avenir que je lui avais donné. Pierre a ajouté, d'une voix mielleuse : « Léa, nous comprenons ta déception. Mais le monde de la mode est ainsi fait. Antoine a toujours été destiné à travailler avec quelqu'un de la stature de Chloé. » Chaque mot était une insulte. "Sa stature". "Ton avenir". Antoine a enfoncé le clou, me regardant avec défi : « Ce n'était que du travail, Léa. Pour moi, tu étais une mentor, rien de plus. Chloé et moi, nous partageons la même vision, la même ambition. C'est une connexion que tu ne peux pas comprendre. » "Rien de plus". Cette phrase a tout brisé. Ce n'était pas seulement une trahison, c'était la négation de tout ce que nous avions partagé, de mon sacrifice, de ma dévotion. Alors, j'ai attrapé mon sac. « Alors, va. Va construire ton avenir sur des mensonges et des vols. Mais sache une chose. À partir de cet instant, tu n'es plus rien pour moi. Le lien entre nous est rompu. Pour toujours. » Je suis partie, la douleur toujours là, mais une colère froide avait pris racine, me promettant une chose : la justice.
