/0/26036/coverbig.jpg?v=17030cbf8225902a33dbc22f1574890f)
La première fois que Sophie Bernard a prononcé ces mots, c'était autour d'un dîner, dans notre appartement luxueux surplombant la Seine. Elle a posé sa fourchette, un sourire étrange sur les lèvres : « Jean-Luc, j' ai besoin des tendons de Camille pour le concours d' Antoine. » J'ai cru mal entendre, mais elle a insisté, expliquant avec un calme terrifiant que les tendons de notre fille de six ans, fins et élastiques, feraient des cordes de violon inégalées, garantissant la gloire de son amant. Antoine, mon rival, son complice, n'a montré aucune horreur, seulement une avidité malsaine. Mon monde a basculé quand, le lendemain, je l'ai trouvée dans la chambre de Camille avec un médecin qu'elle avait payé, inspectant le corps endormi de notre enfant. Je me suis mis à genoux, suppliant, proposant mes propres tendons de danseur, implorant sa pitié. Elle m'a repoussé du pied, traitant mes tendons d'usés, souillés, et m'a ri au nez, me renvoyant à mon statut d'« artiste déchu ». Ils l'ont emmenée. Sept de ses tendons majeurs ont été prélevés, des bras, des jambes. Camille ne s'est jamais réveillée de l'anesthésie, son petit corps n'a pas survécu au traumatisme, mourant d'atrophie musculaire et d'insuffisance respiratoire. Pendant ce temps, sur un yacht de luxe, Sophie célébrait la victoire d'Antoine, qui jouait divinement avec une sonorité « pure, céleste ». La rage montait en moi, mais la seule chose qui restait, c'était le vide, la douleur insupportable de la perte. Cette nuit-là, en serrant son petit corps déformé et sans vie, je savais que la justice ne me rendrait pas ma fille. Mais je savais aussi qu' ils paieraient pour ça.