Mon doigt s' est figé au-dessus de la photo. Ce sourire éclatant de mon mari, Marc, il ne me le réservait plus. Il tenait un sécateur, au milieu des vignes ensoleillées de la Provence, aux côtés de Sophie Moreau, sa jeune et dynamique collègue. Pourtant, il m' avait dit être à Bruxelles pour affaires. Mon cœur n' a pas bondi d' effroi, il s' est juste glacé. Puis, son appel est arrivé, sa voix fatiguée de « l' homme d' affaires épuisé » : « Il faut que tu signes les papiers pour ta démission. Tes projets de jardins ne rapportent rien et ralentissent la boîte. » Notre entreprise, celle que j' avais aidée à bâtir, était devenue « la boîte » et n' était plus que la sienne. Il voulait aussi que je renonce à ma part de nos biens, pour « simplifier la gestion ». Une notification a surgi dans la fenêtre de discussion de l\'entreprise : un message de Sophie, visible par tous, pointant mon « inefficacité ». Les messages se sont déchaînés : « Femme de patron », « profiteuse », « incompétente ». Puis, la pire des trahisons : Marc lui-même m' a enfoncée devant tout le monde, depuis Bruxelles où il était censé être en réunion. « Sophie a raison. Claire, si tu ne peux pas suivre le rythme, il faut le dire. Confie le dossier à Sophie, elle saura le gérer. C\'est une question de professionnalisme. » Un message privé de sa part a suivi, lourd de menaces : « Fais ce que je te dis, Claire. Ne fais pas de vagues. C\'est la dernière fois que je te le demande gentiment. » Mon monde s' écroulait, mais il y avait un plan de ma grand-mère à sauver. J' ai saisi le téléphone, ma voix calme, trop calme : « Le divorce. »
