C' était mon quatrième échec. La voix monocorde du « Système » venait de sonner le glas de ma mission. « Mission de conquête d'Antoine Moreau : échec. » Autour de moi, les couleurs vives du café parisien où je me trouvais commençaient à se liquéfier, annonçant mon retour forcé vers ma misérable réalité, celle d'un corps rongé par la maladie. Pourtant, une étrange sensation de soulagement m' envahissait. Quatre vies, quatre tentatives désespérées pour gagner le cœur d' Antoine, mon ami d' enfance, l'homme que j'aimais plus que tout. Et à chaque fois, le même mur infranchissable : Léa Martin, l'éternelle rivale. Ma conscience a flotté, me ramenant à cet instant horrible : Antoine, les yeux fuyants, posant sur la table le bracelet que je lui avais offert. « C' est fini, Camille. J' aime Léa. Je l' ai toujours aimée. » Ses mots, simples et brutaux, avaient anéanti mes derniers espoirs. Mon monde s' était effondré, pour la quatrième fois. De retour dans ma chambre d' hôpital, le Système m' a offert une dernière chance, me renvoyant dans le monde où j'avais commis ma première erreur fatale : trois ans plus tôt, j'avais laissé Antoine, brisé par Léa, me prendre pour elle. J'avais bâti notre relation sur un mensonge, me dévouant corps et âme, mais il cherchait toujours le fantôme de Léa en moi. Il me regardait, mais voyait quelqu'un d'autre. Finalement, il m' a dit : « Camille, tu devrais arrêter d' essayer. Ça ne te fait que du mal. » Un rire amer m'a échappé. La pitié, encore de la pitié. Mais cette fois, c' était différent. Cette fois, j'allais me venger. Ce mois de sursis, je ne l'utiliserais pas pour le conquérir, mais pour le briser, pour lui faire ressentir ne serait-ce qu' une fraction de ma douleur. Le jeu n' était plus l' amour. C' était le pouvoir.
