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   Chapitre 11 Un invisible soutien

Joséphine Par Manon_Seguin Personnages: 8508

à jour: 2021-02-23 11:32


D’aussi loin qu’elle se souvienne, Joséphine a toujours détesté cette couleur. Le noir. Elle avait tendance à lui rappeler sa mère. Quelques portraits subsistent dans la maison, dans la cage d’escalier menant à l’étage et dans le salon, mais sa présence a été oubliée. Effacée, le temps en ayant fait son affaire. Elle se souvient des longues promenades près des quais, dans le grand parc près de l’église ou des après-midi passées où elle lui apprenait à lire des cartes. Son côté curieux elle le lui doit. Son envie de voyage aussi. Aujourd’hui plus que jamais son souvenir lui était douloureux. Thomas ne l’a jamais connue, Ambre était bien trop petite et il n’est pas certain que Bartolomé ait de quelconque souvenirs de la maison remplie de rires et de larmes. Elle était à présent, la seule ayant des souvenirs si limpides de sa mère qu’elle les garda enfouis au plus profond d’elle-même.

- Mademoiselle, est-ce que vous êtes prête ?- J’arrive dans cinq minutes.

Incapable de dormir, Joséphine se regarde un instant dans le miroir de sa coiffeuse : Ses cheveux étaient terne, son teint pâle et ses yeux cernés. A chaque fois qu’elle voulut s’endormir, son père venu la trouver à l’instant où elle fermait les yeux pour l’avertir d’un danger avant qu’il ne disparaisse. Toute cette histoire commençait à lui peser sur la conscience. Cette certitude que tout ceci n’est pas un accident, la venue soudaine et bien trop directe du Comte et enfin les paroles du marin. Il devait forcément y avoir un lien entre ces trois-là. Mais quoi ?

Descendant les escaliers, elle y retrouve ces deux jeunes frères et soeurs, qui la regardent tels des condamnés s’apprêtant à se faire exécuter. Voilà bien des jours qu’elle les ignore, involontairement, et soudain ils se retrouvent tous les trois face à face.

- Est-ce obligatoire ? demande soudainement Ambre- Il aurait aimé que vous soyez là. Que nous soyons tous là, répondit-elle alors- Mais Bart n’est pas là, lui. Pourquoi lui il est excusé et pas nous ?- Bart ne viendra pas ? lance Thomas à son tour.- Je ne sais pas. Je l’ai prévenu et c’est tout ce que je pouvais faire. Bart a des obligations maintenant, vous le savez. C’est pour cela qu’il vous écrit rarement, mais je suis certaine que même s’il n’est pas physiquement présent, ses pensées les plus sincères nous accompagnent.- C’est facile à dire ça, peste la cadette- Ambre, s’il te plaît, soupire l’aînée, Je n’ai pas envie de revenir sur des choses que tu sais. Que Thomas pose la question, je peux le comprendre, mais toi...Se mettant en route, les trois enfants entrent dans la voiture prête et les attendant devant la maison, tandis que le regard de Joséphine se perd à l’extérieur. Elle n’avait pas envie d’y aller alors comment en vouloir à sa sœur qui éprouvait exactement la même chose ? Elle sait que cela sera à un prétexte pour diverses personnes afin de l’approcher, de lui demander des comptes ou autres discussions dont elle s’abstiendrait bien. Malheureusement, l’abstention n’est aujourd’hui pas une option.

- Mademoiselle Conquérant.

A cette voix nasillarde, Joséphine reconnue immédiatement l’identité de la personne se tenant derrière elle. A peine venait-elle de descendre de la voiture, que le Comte Detina, dans un costume bordeaux de mauvais goût, se tenait là, l’attendant de pied ferme.

- N’est-ce pas l’homme qui est venu à la maison l’autre jour ? murmure Ambre en le dévisageant, Qui est-il ?- Emmène Thomas à l’intérieur, veux-tu ? Je vous rejoins.- Tu n’as pas répondu à ma question Joséphine.- Ambre, s’il te plaît, emmène Thomas. Je dois discuter avec cette personne, ça ne sera pas long.

Mais la jeune Conquérant n’était pas idiote au point de ne pas deviner l’inquiétude dans l’intonation de sa sœur aînée. Néanmoins, sans insister, elle s’exécute et prends son jeune frère par la main tandis qu’elle regarde d’un oeil l’homme s’approcher de sa sœur.

- Le noir ne sied guère à votre teint, très chère, siffle ce dernier dans une proximité presque intime- Que me voulez-vous, Monsieur ? - Vous faire part de mes condoléances et vous demandez si vous aviez prit le temps de réfléchir à ma proposition.- Croyez-vous réellement que j’ai eu le luxe de le faire ? Ne comprenez-vous pas ma situa

tion ? Ou bien y êtes-vous tout à fait insensible ?- Je ne suis pas insensible à vos charmes, mais ne me prenez pas pour un idiot Joséphine. Quand une demoiselle s’offre le luxe de se promener autour du port pendant presque une journée, ces dernières ne doivent guère être très remplies.- M’espionnez-vous ? Même venant de votre part, cela est de très mauvais goût.- Disons que, en bon homme d’affaire que je suis, j’évite de faire la même erreur que feu votre père, siffle-t-il en tendant une main vers son visage que Joséphine évite- Que voulez-vous dire par là ?- Qu’il est bon de veiller à la marchandise afin que cette dernière ne soit pas...disons ternie. Des rumeurs courent déjà à votre égard, Joséphine. Des rumeurs qui me contrarie fortement alors que je vous ai demandé votre main.

S’approchant une nouvelle fois vers elle, il ne lui fut pas difficile de comprendre les intentions plus qu’odieuses de l’homme ayant probablement le double de son âge. Souhaitant s’écarter de lui, Joséphine se retrouve alors dos contre la paroi de la voiture de laquelle elle venait de descendre, coincée. Alors qu’une nouvelle fois, le Comte s’apprête à tendre sa main à son égard, une autre vient l’arrêter, attrapant fermement son poignet.

- Je vous prierais Monsieur, de ne pas toucher à ma sœur.- Bartolomé !

Cela fut presque un cri de joie pour la jeune femme s’apercevant de la soudaine présence de son frère, en uniforme de cérémonie, une main près du fourreau de son épée.

- Cela n’était pas mon intention.- Je ne connais guère vos intentions, mais je vous prierais de respecter celle de la femme se trouvant présentement devant vous. Maintenant, si vous voulez bien nous excuser, une cérémonie nous attends.

Attrapant sa sœur par la main, Bartolomé Conquérant s’engouffre rapidement dans l’église sentant le corps de son aînée trembler au fur et à mesure de ses pas.

- Il fut un temps, tu aurais frapper quiconque osant avoir un geste déplacé à ton égard. Où est donc passée cette hargne ? l’interroge-t-il dans un sourire amusé.- Les temps ont changés, tente-t-elle en lui rendant son sourire- Serais-je partis depuis si longtemps ? - Depuis trop...longtemps. Je suis si contente de te voir !

S’enlaçant l’un et l’autre, il ne fallut pas plus de deux minutes aux cadets pour apercevoir la silhouette de leur frère et se jeter sur ce dernier. Ainsi la famille Conquérant, pour l’enterrement de leur père, est au grand complet.

- Joséphine ? Tu es ma sœur et je t’aime énormément, mais par pitié, n’agit pas comme père, lui chuchote son frère à l’oreille.- Et qu’est-ce que c’est supposé vouloir dire ?- Ne laisse pas le monde te piétiner. Piétine-le à la place. Tu as été élevée et éduquée pour être Baronne : Défends ce droit. Défends-toi. - Tu sais, Bart, tout ne se résout malheureusement pas à grands coups de poings. Certaines choses demandent de la finesse, du dialogue et...- Josépine Conquérant, la coupe-t-il, Tu es bien des choses mais «diplomate» n’en fait pas partie. - Te ferais-tu du soucis pour moi à tout hasard ? Je suis une grande fille, j’ai mes propres moyens. - La dernière fois que je t’ai vue, tu étais au dessus d’un garçon, dans le parc, les manches retroussées et tu le passais à tabac. Aujourd’hui, je reviens et je te vois dos contre le mur, effrayé par un homme aux intentions plus que suspectes, alors permets-moi de douter de ta nouvelle façon de faire. Qui est-il ? - Le Comte Detina.- Et que te veux-t-il ce Comte ?- Peut-on en parler plus tard ? Faisons ça à la maison, veux-tu ?- Je te connais, une fois rentré, tu esquiveras le sujet.Tu n’as jamais aimé dépendre des gens, ni même compter sur leur aide. - L’Académie t’aurait-elle rendu soudainement plus mature et plus sage ? ricane-t-elle alors, Je t’aime Bart, sincèrement, mais pour cette fois-ci, j’aimerais que tu me fasses confiance.- Me raconteras-tu toute l’histoire si je le fais ?- A condition que tu ne partes pas trop tôt cette fois-ci. Pour combien de temps restes-tu au fait ?

Sortant une lettre pliée en quatre de sa veste, il la tends à Joséphine et lui dit dans un grand sourire :

- J’ai deux semaines de permission grâce à un dénommé Jonah de Varsox. Il va définitivement falloir que l’on parle toi et moi !

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